Messiah (saison 1)

Art et Histoire
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Composée de dix épisodes, cette série nous fait suivre Eva Geller, agent de la CIA, qui enquête sur un personnage à l’allure christique appelé Al-Massih. Ce dernier est présenté comme un ascète itinérant doté de pouvoirs surnaturels et guidé par le destin. De la Syrie à Jérusalem, en passant par le Texas, il cumule des disciples qui reconnaissent en lui bien plus qu’un homme. Tandis que la foule perçoit en lui le Sauveur, il est vu a priori comme un gourou séditieux par la CIA et les services de renseignement israéliens. Qui est-il vraiment ?
 

Questionnement et démarche

La première question qui m’est venue à l’esprit en regardant la première saison de la série Messiah et que beaucoup de gens se posent est celle-ci : et si c’était réel, serait-il plausible qu’il soit le Christ ? Tout ce qui va suivre dépend absolument de ce si et du regard tout à fait personnel et amusant que je pose sur la question. Il s’agit d’un exercice de pensée qui n’a d’autre valeur que le plaisir de s’interroger dans une approche théologique.
 
La seconde venue du Christ est-elle au fondement de la foi chrétienne ? Si seconde venue du Christ il y a, pourquoi seulement maintenant ? Y a-t-il des critères permettant de reconnaître cette seconde venue ? Le Messie de la série - du moins de la première saison – a-t-il des ressemblances avec le Christ des évangiles ? Au plaisir donc d’être lu, commenté et critiqué.
 
Remarque

  • Messie fera référence au personnage de la série afin de ne pas le confondre avec le Christ de la foi chrétienne.
“Alors, si quelqu’un vous dit : “Le Messie est ici !” ou bien : “Il est là”, n’allez pas le croire. En effet, de faux messies et de faux prophètes se lèveront et produiront des signes formidables et des prodiges, au point d’égarer, s’il était possible, même les élus.” (Mt 24, 23). Et pourtant, un peu plus loin dans le texte, le Christ annonce l’avènement du Fils de l’homme, que la tradition chrétienne identifie sans peine au Christ lui-même. Plus tard, le credo de Nicée-Constantinople nous dira que le Christ “reviendra dans la gloire juger les vivants et les morts”. Vrai Messie, faux Messie ? Que faut-il en penser ?
 
La Parousie ou le Fils de l’homme qui vient du ciel

Parousie signifie “présence” en grec. Ce terme renvoyait, en contexte hellénistique, à la visite ou à la présence d’un personnage important ou d’un dieu (comme ce fut le cas pour Dionysos) dans la cité. Par appropriation et extension par les premières communautés chrétiennes, la parousie signifiait la seconde venue du Christ en gloire. Cette thématique est centrale dans les deux lettres aux Thessaloniciens.
 
Dans le contexte juif, on ne parle pas de parousie mais de “jour du Seigneur” ou du jour où le “Fils de l’homme” reviendra (Dn 7, 13). Les premiers chrétiens, dont Paul (1 Co 15), étaient convaincus que le Christ reviendrait de leur vivant. Dans ce retour, il est question de bouleversements cosmiques (Mt 24, 31), du son de la trompette et d’élus rassemblés par le Christ. Ou encore, “les morts ressusciteront et seront rassemblés avec ceux qui sont encore vivants dans les nuées ou dans les airs” (1 Th 4, 13-18). Paul les exhorte à tenir bon dans ce que l’on nommera les 3 vertus théologales, à savoir la foi, l’espérance et la charité (amour).
 
Il va sans dire que toute cette description apocalyptique est absente stricto sensu dans le paysage de la première saison. Nous avons par contre quelques bouleversements météorologiques que la série met en rapport avec le Messie (tempête de sable et ouragan).
 
Et si c’était lui ?

Les textes du Nouveau Testament nous disent qu’il (re)viendra des cieux comme il y est monté (l’ascension). Cela signifierait, selon Emmanuel Durand, qu’il nous apparaisse à tous en même temps, dans une sorte d’ubiquité ou d’omniprésence.
 
Si la première saison commence par le ministère du Messie à Damas à un âge qui avoisine certainement celui du Christ, nous ne savons pas d’où il vient. Une enquête sera ensuite ouverte sur lui et elle révèlera quelques éléments de son identité. Si celle-ci n’est pas démentie dans les prochaines saisons, à moins de tenir pour imagée la manière dont il se révélera à nous, il nous sera difficile de songer à une éventuelle descente des cieux (comprenez une apparition soudaine et divine). L’histoire d’un homme qui a connu une naissance et un passé de prestidigitateur, dans une approche littérale des visions apocalyptiques du Nouveau Testament, ne jouerait pas en la faveur de sa crédibilité.
 
Par contre, il apparaît aux yeux de tous par le biais d’un autre intermédiaire, mondialement connu, qui n’est autre que les médias. Ceux-ci jouent dans la série - et en dehors de celle-ci via Netflix d’ailleurs - un rôle capital dans la diffusion de la figure du Messie dans le monde entier (journal télévisé, compte Instagram de Rebecca, etc.).
 
Ce qui est questionnant par-dessus tout pour la plupart d’entre-nous il me semble, ce sont les nombreuses allusions au Christ de la foi chrétienne. Que ce soit dans son aspect physique, dans son attitude ou dans son discours, qui n’a pas eu l’impression que ce Messie faisait écho au Christ ? D’ailleurs la question de sa véritable identité qui est la véritable intrigue de cette première saison fait elle-même écho à la longue incompréhension des disciples du Christ sur la sienne. Jusqu'à ce qu’il leur dit : “et vous qui dites-vous que je suis ?”. Question à laquelle Pierre répond enfin : “tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant” (Mt 16, 15).
 
Oui mais pourquoi (seulement) maintenant ?

Dans l’hypothèse que ce Messie serait réellement le Christ, se poserait tout de même la question cruciale : pourquoi seulement maintenant ? Le scandale et le mystère du mal qui ont traversé les 2000 ans d’histoire depuis l’Incarnation ne seraient pas résolus si facilement.
Au délai parousiaque, une des réponses théologiques les plus courantes est de dire que cette attente est en elle-même sotériologique : si les hommes sont impatients du retour du Christ, Dieu est patient, longanime - malgré le mal dans le monde – et c’est cette patience qui permet un espace de liberté dans lequel les hommes sont invités à participer à la manifestation du Règne de Dieu. Autrement dit, en retardant la parousie – retard qui incombe aux hommes également - Dieu leur laisse le temps de prendre conscience du mal qu’ils font et de se convertir (métanoïa).
Le Messie n’est-il pas dans cette logique d’invitation à la repentance ? Nous le verrons plus loin, bien qu’il apparaisse physiquement, cet espace de liberté ne disparaît pas puisqu’en sondant les cœurs, il semble chercher davantage à extirper les gens du mal (ou le mal des gens) qu’à les condamner. “Dieu t’a créé sans toi, mais il ne te sauvera pas sans toi !” (Saint Augustin).
“Oui, toi, penses-tu que tu échapperas au jugement de Dieu, toi qui juges les autres pour des actions que tu commets toi-même ? Ou bien méprises-tu la grande bonté de Dieu, sa patience et sa générosité ? Ne sais-tu pas que la bonté de Dieu t'invite à changer de vie ? Mais tu refuses de comprendre, tu n'es pas disposé à changer.” (Rm 2, 3-5). Aviram n'exemplifie-t-il pas cette compréhension du jugement chez Saint Paul ? Aviram n’est pas prêt à changer, il ne fait que reproduire de vieux schémas dont il est lui-même la victime (le Messie lui dit : “tu veux me faire du mal comme on t’en a fait ?”). Le Messie semble accomplir une mission toute particulière avec lui, puisqu’il se repent enfin au dernier épisode (e10).
Pour se questionner avec Teilhard de Chardin, le série ne ferait-elle pas écho à une époque - la nôtre - dans laquelle nous désirons ardemment voir notre monde changer ? Je laisse chacun méditer sur la conscience planétaire que le monde va mal. Cet éveil des consciences serait-il le déclencheur du second avènement du Christ ?
 
“Chrétiens, chargés après Israël de garder toujours vivante sur Terre la flamme du désir, 20 siècles après l’Ascension, qu’avons-nous fait de l’attente ? (…) Nous avons laissé baisser le feu dans nos cœurs endormis (…) En vérité, combien est-il parmi nous qui tressaillent réellement, au fond de leur cœur, à l’espoir fou d’une refonte de notre Terre ? (…) Nous continuons à dire que nous veillons dans l’expectation du Maître. Mais, en réalité, si nous voulons être sincères, nous serons forcés d’avouer que nous n’attendons plus rien. Il faut, coûte que coûte, raviver la flamme. Il faut à tout prix renouveler en nous-mêmes le désir et l’espoir du grand Avènement” (Le milieu divin).
 
La fin des temps ?

Un autre élément fondamental inhérent à la parousie est en lien entre le jugement et la fin des temps (l’eschatologie). Le Messie ne dit-il pas à plusieurs reprises que “l’histoire prend fin” ? Il faut comprendre cette eschatologie comme le lieu d’un jugement, d’un acte de délivrance. Il endosse ce rôle dans la série, non pas dans la toute-puissance mais plutôt à la manière d’un maître de sagesse dans la casuistique. Notez le cas de conscience d’Aviram qu’il connaissait parfaitement : nous comprenons d’abord qu’il a fait du mal à un jeune garçon avant que le réalisateur nous dévoile qu’il l’avait torturé puis asphyxié dans sa voiture. Le Messie ne le condamne pas, il lui propose plutôt de le soulager de son fardeau
 
Procédé qu’il réitère avec Eva lorsqu’il lui tend ses mains menottées pour qu’elle y dépose les douleurs liées à sa vie personnelle, ce qui la déstabilise comme Aviram, et plus tard le président des Etats-Unis, mais nous y reviendrons.
 
Se reconnaissent-ils Messie ?

“Al Massih” vient de Massiah en hébreu et qui a donné Christos en grec (Messie signifie l’oint du Seigneur). Dans l’Ancien Testament, l’onction d’huile est le privilège du roi (1 S 16) qui est chargé de faire régner la paix et la prospérité.
Quelle est la réaction du Messie quand ce titre lui est attribué par la foule ? Il ne dit rien. Par contre, lorsqu’on le questionne sur ce qualificatif, il reste vague, “ils m’appellent ainsi” dit-il.
Le Christ des évangiles synoptiques (Mc 14, 62 ; Mt 26, 64 et Lc 22, 67s) répond de manière ambigüe lui aussi, préférant le titre de Fils de l’homme que celui de Messie. Il aurait réagi de la sorte, surtout en commandant à ses disciples et aux démons de ne pas divulguer son identité, pour éviter justement l’ambiguïté qui consistait à penser que le Messie serait celui qui les délivrerait d’une main forte sur le plan politique.
 
Revenons un instant sur le prêche du Messie à Damas, manifestement assiégé par l’E.I. Le journal télévisé qui commente que ce dernier est sur le point d’occuper la capitale affirme que “seule une intervention divine pourrait empêcher cela”. Difficile de ne pas faire le lien entre la tempête de sable et le Messie. Cela nous est confirmé par Jibril qui reconnaît que Dieu a agi à travers lui, et surtout par la foule tout entière qui le suit jusqu’aux portes d’Israël et qui scande “Al Massih” !
 
Jibril l’appelle Imam, titre que le Messie remet en question : “pourquoi m’appelles-tu imam ?” avant de lui dire que Dieu agit aussi bien à travers lui qu’à travers Jibril à condition qu’il soit à son service.
Nous avons donc ici un autre élément qui confirme l'image d’un Messie qui n’assume pas (encore) la titulature qu’on lui attribue, ce qui n’est pas sans penser, comme dit plus haut, à Mc 14, 34 où Pierre reconnaît en lui le Christ et que ce dernier refuse qu’on le dise.
 
La seconde hypothèse la plus plausible d’après cette première saison, est que nous avons affaire à un imposteur. La tension entre véritable Messie et imposteur est presque tangible !
La parabole est peut-être l’image qui caractérise le mieux cette tension. Nous avons un creux au milieu de la saison où l’hypothèse de l’imposteur semble se confirmer. On peut lire ci et là une citation d’Oprah ”On devient ce que l’on croit”, sans compter les longs moments où le Messie tient tout le monde en haleine sans qu’il ne se passe rien d’extraordinaire. On est presque mal à l’aise pour ces gens qui attendent de lui un signe ! Sa réponse ? Ennuyeuse et pragmatique : pensez à la scène où il tue le chien sous les décombres, et aux situations dans lesquelles il ne répond tout simplement pas lorsqu'on lui pose une question, préférant marcher, s’isoler ou se reposer. C’est précisément dans ce creux que l’hypothèse du faux Messie touche bien plus le téléspectateur que la foule qui le suit.
 
J’en reviens rapidement à la parabole : nous avons le creux au centre, quelques interventions extraordinaires au début et à la fin de cette première saison. Il ressuscitera à deux reprises : le jeune garçon sur le Mont du Temple (bien que le doute demeure sur la provenance de la balle, le réalisateur nous donne à voir que le garçon reprend conscience après une intervention directe du Messie) et suite au crash de l’avion dans le dernier épisode. La fin de cet épisode est décisive car sans ces résurrections* nous aurions pu conclure assez facilement qu’il s’agissait bel et bien d’un (simple) illusionniste hors pair. Il reste toutefois que nous sommes loin, pour l’instant, d’une résurrection générale des morts.
*C’est le jeune Malik (roi en arabe) qui témoignera de cette double résurrection. Son existence n’est pas sans rappeler celle du roi David qui fut berger également dans sa jeunesse et qui, tout comme lui, chassa les lions. “David dit à Saül : « Ton serviteur était berger chez son père. S’il venait un lion, et même un ours, pour enlever une brebis du troupeau, je partais à sa poursuite, je le frappais et la lui arrachais de la gueule.”
 
Le Messie vient nous sauver de quoi ?

S’il est le Sauveur, il ne peut plus l’être au regard du péché (nous sommes déjà sauvés). La dimension salvifique de la seconde venue du Christ était pensée, dans les premières communautés chrétiennes, par une intervention temporelle (et non plus seulement spirituelle) contre le joug des romains et des autorités juives. En cela, la série nous plonge dans une réalité tant attendue par le passé et dont le moment précis échappait à Jésus lui-même disant que “ce jour ou cette heure, nul ne les connaît, ni les anges du ciel, ni le Fils, personne sinon le Père” (Mc 13, 32). Le mal temporel ou politique est ici représenté par Daesh mais aussi par la présence des troupes américaines dans le Moyen Orient.
 
Une parole importante du Messie dans son sermon est de dire : “n’ayez crainte, le salut est à notre portée” (e1), lui qui invite la foule dans le désert à le suivre et qui se présente comme le “gouvernail” d’une humanité déboussolée. Il exhorte également à chercher la vérité pour elle-même : “si on cherche la vérité, on peut trouver le réconfort” et non inversement. Par contre, dans les Evangiles nous avons été habitué à un Christ qui parle en paraboles, ce qui n’est pas le cas de ce Messie dont le discours est caractérisé par l’exhortation, la sagesse et l’appel à la repentance.
Dans Mt 13, 13 le Christ dit parler en paraboles parce qu’ils “regardent sans regarder et qu’ils entendent sans entendre ni comprendre”. Or, bien qu’il ne soit pas compris, il n’essaie pas de parler en paraboles (il ne veut pas se répéter ou il n’a plus d’idées ?). Comme le Christ, il est soucieux de l’établissement de la justice sur terre. De même que le Christ, le Messie est dans une dynamique de non-violence : il suffit de se référer au désarmement de la foule au début de la saison. Jusque-là, rien de bien différent d’avec le Christ des évangiles. Pensez par exemple à Pierre qui se fait réprimander par le Christ après avoir coupé l’oreille de Malchus, serviteur du grand-prêtre (Jn 18, 11). Plus globalement, le Messie est dans une logique de non-violence, avec une exception – tout comme il y en a pour le Christ également - au tout début de la saison lorsqu’il met à terre un homme en lui commandant de donner son siège à une femme. Le message est-il plus fort que le geste dans certains cas ?
 
Dans cette même logique de non-violence, le Messie se laisse faire comme le Christ sans essayer d’échapper aux mains de ceux qui tentent de l’arrêter. Son évasion indique soit qu’il a trouvé une faille au système soit qu’il est bel et bien doté d’un pouvoir surnaturel qui le rend maître de son destin et qui renforce l’idée qu’il puisse échapper au contrôle exercé sur lui mais qu’il accepte à dessein. Il évoque souvent la notion de “destin” et de “volonté de Dieu”. Dans le creux de l’histoire on constate avec Félix (le pasteur) qu’il n’a pas de plan personnel ou en tout cas qu’il ne le communique pas encore, ce qui est assez déroutant. Ce qui rappelle la prière du Christ à Gethsémani “(…) non pas ce que je veux, mais ce que tu veux !” (Mc 14, 36).
 
Je suis le Verbe

“On vous a dit (…) mais moi je vous dis” (Mt 5, 17-48). Dans ce passage de l’évangile, le Christ fait toute une série de références à la Loi de Moïse en prétendant la dépasser. Il précise bien que son intention n’est pas “d’abroger la Loi” mais de l’accomplir. Au regard de cette attitude du Christ, comment penser la parole du Messie lorsqu’il affirme “oubliez tout ce que vous savez sur Dieu” ? Je relève par ailleurs une contradiction chez le Messie entre cette parole qu’il a dite et une autre (e1) lors d'une pause dans la traversée du désert et qu’on lui demande s’il faut respecter scrupuleusement ce que dit l’Écriture, question à laquelle il répond “ne me dit pas ce que je veux dire”. Finalement, faut-il oublier ou respecter les Écrits avec ce Messie ?
 
Autre prétention que le Christ lui-même n’a pas eue, c’est qu’il affirme à Aviram être le Verbe (le Logos). Comment ne pas penser au début de l’évangile de Jean “Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu.” (Jn 1, 1) qui exprime le dogme de l’Incarnation ? D’autant plus qu’il appelle Dieu “Père” non seulement comme les chrétiens mais comme le Christ lui-même (Mc 14, 36).
 
Que nous rappelle-t-il du Christ dans son attitude ?
“Quel motif aurait-il eu de guérir les membres de chair et de les rétablir dans leur forme première, si ce qu’il guérissait ne devait pas être sauvé ?” (Irénée de Lyon). La guérison des corps dit quelque chose du Salut, puisque c’est l’être tout entier qui est appelé à être sauvé.
Dans tous les cas, ce Messie ne prononce pas de parole performatrice, il guérit et/ou ressuscite de manière silencieuse, contrairement au Christ. “Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit : dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri.” (Mt 8, 8).

Enfin, si le Christ manifestait des émotions comme la joie (Lc 10, 21) ou la tristesse (Mc 14, 34), on a plutôt affaire à un Messie imperturbable. Si on voit le Christ manger et boire (Mt 11, 19), on ne voit jamais le Messie éprouver le besoin de manger ni de boire (il ne boit qu’à une reprise et timidement dans l’avion). Si on voit le Christ fatigué (Jn 4, 6-7), le Messie semble constamment (r)éveillé. Par contre, tout comme le Christ, ses miracles sont au service d’une exhortation (le Messie marche sur l’eau après avoir parlé, comme pour soutenir son message). Enfin, tout comme le Christ, il délivre un message d’unité et d’amour.