Cet article a été écrit pour le n° 26 de la revue de la Fondation Internationale Oasis, Musulmani, fede e libertà (Musulmans, foi et liberté), paru en février 2018.

Au début du mois d’octobre 2010 se tenait la session d’ouverture du forum culturel du Haut conseil aux affaires islamiques d’Égypte. Muhammad ‘abd-al-Ghanî Châmah[1], conseiller à la culture du ministre des cultes, y rendait un avis consultatif (fatwâ) selon lequel la religion relevait d’un choix personnel, libre, et que l’État devait garantir le libre exercice de cette liberté en s’interdisant d’exercer une quelconque contrainte sur les gens dans ce domaine.

Suite à la publication de l’article de Yahya Bonaud dans le groupe LDC en mars 2019 (sous le titre de « Fais monter la sauce comme tu peux »), dans lequel dans un style pamphlétaire et sarcastique, était mis en question les démarche et méthode hypercritiques de certains arabisannts (« bédouinisants ») se basant sur les sciences humaines et sociales pour déconstruire le récit traditionnel des premiers temps de l’islam, en particulier le nombre des cinq prières canoniques, s’en est suivie une « correspondance » sous forme de commentaires sous le poste publié dans le groupe, entre l’auteur de l’article et l’islamologue Hicham Abdel Gawad, membre actif du groupe et l’auteur de l’article.

C’est à la lecture d’un article paru dans Les Cahiers de l’islam récemment, qui met à l’honneur l’historienne Jacqueline Chabbi, que l’on a souhaité dire quelques mots[1].
Elle développe au cours de l’interview essentiellement deux points. L’un a trait à sa thèse favorite, qui consiste à inscrire le temps de la réception coranique dans un contexte anthropologique déterminé.

Des intellectuels musulmans contemporains face à la science : le cas de Tariq Ramadan analysé par Alexandre Moatti

Ingénieur des Mines et historien, le spécialiste en histoire des sciences Alexandre Moatti se penche sur la vision des sciences telle que développée par des penseur Musulmans contemporains, de Qotb à Ramadan en passant par Guénon [1]. Influence du créationnisme, domaines de la connaissance supposés être réservés aux religieux, révisionnisme historique pour mettre en concurrence héritage grecs et musulmans mais aussi complotisme et concordisme, toutes les postures de ces penseurs sont passées au crible pour constater comment une certaine vision idéologique de la science tend à en effacer les concepts primordiaux qui font la connaissance scientifique et la rationalité tels que l’analyse ou le doute critique et méthodique.

L’aspiration révolutionnaire semble être étrangères aux exigences religieuses traditionnelles chiites duodécimaines. L’image du fidèle doit en effet trouver son incarnation politique dans la figure de l’oppressé, le sujet soumis à une autorité humaine arbitraire, et ce, jusqu’à temps que Mahdi, le douzième Imam ne vienne, lui, opérer une révolution au détriment de la décadence et des dominations. Alors comment expliquer ce rapprochement entre la philosophie profondément religieuse chiite de Mollâ Sadrâ Shirâzi , et l’aspiration révolutionnaire ?

On associe spontanément littéralisme et conservatisme. Les deux veulent en rester là. Le littéraliste nous dit : voici ce que dit le texte, pas la peine d'aller plus loin, on en reste là. Le conservateur, à son tour, nous dit : voici l'état des choses, pas la peine de le changer, on en reste là. Le texte est très bien tel quel selon l'un, le monde est très bien tel quel selon l'autre. Une vie sans interprétation et sans transformation, une vie minérale... On se moque souvent de ceux qui pensent ainsi. Mais on voit rarement qu'une forme bizarre de littéralisme est apparue : celle des musulmans modernistes (progressistes, réformistes, rationalistes, coranistes, pseudo-soufis, historico-critiques, philosophes autoproclamés, etc.).

Pour un certain nombre de croyants dans le monde, l’origine de l’Homme s’explique par un ancêtre commun, Adam. Pendant des siècles, cette affirmation avait été tenue pour vraie, jusqu’à ce que les sciences modernes viennent l’infirmer.

Il nous avait été donné, à l’occasion d’une interview (LDC, juin 2019), d’expliquer les raisons qui amenaient à réviser ce paradigme traditionnel, au profit d’une lecture linéaire de l’histoire humaine. Il sera question ici d’en brosser simplement un résumé, sachant qu’un ouvrage à paraître permettra à l’intéressé de se référer à une quantité beaucoup plus importantes d’informations. Forcément, étant donné l’impératif de concision, l’impasse sera faite sur des sujets annexes mais non moins cruciaux, tels que l’usage de la raison en religion, la critique nécessaire des textes apocryphes, l’élaboration des dogmes autour de la problématique anthropogonique, etc.

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