Dans l’ouvrage Convergences (2016), l’on tentait de mettre en évidence des parallèles entre certaines voies soufies et le courant šī‘ite duodécimain. Dans un article paru dans les Cahiers de l’islam (septembre 2019), il nous a été donné la possibilité d’expliquer plus en détail ce phénomène en se focalisant davantage sur le cas d’Ibn ‘Arabī (1165-1240). Quant au crypto-šī‘isme du šayḫ Aḥmad al-Tiǧānī (1150-1230 / 1735-1815), la thèse s’inspirait en grande partie de ce qu’avait déjà engagé le regretté Professeur Christian Bonaud (1957-2019) il y a quelques années (Discours sur les merveilles, 1985).

C’est en cherchant des informations sur la voie soufie naqšbandiya, en particulier sur la croyance hétérodoxe à laquelle elle adhère de l’occultation du douzième Imām, identifié comme étant le fils de Ḥassan al-‘Askarī, que notre réflexion s’est finalement orientée vers l’origine de cette tradition.

Nous parlons ici d’« hétérodoxie », parce que le credo de la grande occultation est extrêmement rare en milieu sunnite, surtout que la ṭarīqa naqšbandiya se réclame du sunnisme orthodoxe, et qu’au sommet de sa chaîne d’or figure Abī Bakr b. Abī Quḥāfa, premier calife historique de l’Islam, qui cristallise en quelque sorte les tensions avec le šī‘isme duodécimain.

Cet article a été écrit pour le n° 26 de la revue de la Fondation Internationale Oasis, Musulmani, fede e libertà (Musulmans, foi et liberté), paru en février 2018.

Au début du mois d’octobre 2010 se tenait la session d’ouverture du forum culturel du Haut conseil aux affaires islamiques d’Égypte. Muhammad ‘abd-al-Ghanî Châmah[1], conseiller à la culture du ministre des cultes, y rendait un avis consultatif (fatwâ) selon lequel la religion relevait d’un choix personnel, libre, et que l’État devait garantir le libre exercice de cette liberté en s’interdisant d’exercer une quelconque contrainte sur les gens dans ce domaine.

L’aspiration révolutionnaire semble être étrangères aux exigences religieuses traditionnelles chiites duodécimaines. L’image du fidèle doit en effet trouver son incarnation politique dans la figure de l’oppressé, le sujet soumis à une autorité humaine arbitraire, et ce, jusqu’à temps que Mahdi, le douzième Imam ne vienne, lui, opérer une révolution au détriment de la décadence et des dominations. Alors comment expliquer ce rapprochement entre la philosophie profondément religieuse chiite de Mollâ Sadrâ Shirâzi , et l’aspiration révolutionnaire ?

Sunna vs Coran : Le Prophète voulait-il faire décapiter un homme injustement d'après un hadîth sahîh ?

Histoire de l'homme accusé de rapports sexuels avec Maria la copte ("concubine" du Prophète)

 

L’idée de confronter la sunna attribuée au Prophète (j'entends ici hadiths) au Coran afin d'accepter ou rejeter cette dernière est en réalité un concept ancien, plus ancien qu’Abû Ḥanîfa lui-même qui utilisait souvent ce critère, au point que certains d’entre les théologiens le lui reprochèrent. Ceci apparait clairement dans ce qu’il écrit dans son livre al-‘Âlim wal-muta’âlim. Toutefois, ce critère est extrêmement pertinent et ci-après, voici un exemple illustrant parfaitement l'importance de la confrontation de la sunna attribuée au Prophète au Coran avant de l'accepter et de la propager :

 

بَاب بَرَاءَةِ حَرَمِ النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ مِنْ الرِّيبَةِ

2771

حَدَّثَنِي زُهَيْرُ بْنُ حَرْبٍ حَدَّثَنَا عَفَّانُ حَدَّثَنَا حَمَّادُ بْنُ سَلَمَةَ أَخْبَرَنَا ثَابِتٌ عَنْ أَنَسٍ أَنَّ رَجُلًا كَانَ يُتَّهَمُ بِأُمِّ وَلَدِ رَسُولِ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ فَقَالَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ لِعَلِيٍّ اذْهَبْ فَاضْرِبْ عُنُقَهُ فَأَتَاهُ عَلِيٌّ فَإِذَا هُوَ فِي رَكِيٍّ يَتَبَرَّدُ فِيهَا فَقَالَ لَهُ عَلِيٌّ اخْرُجْ فَنَاوَلَهُ يَدَهُ فَأَخْرَجَهُ فَإِذَا هُوَ مَجْبُوبٌ لَيْسَ لَهُ ذَكَرٌ فَكَفَّ عَلِيٌّ عَنْهُ ثُمَّ أَتَى النَّبِيَّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ فَقَالَ يَا رَسُولَ اللَّهِ إِنَّهُ لَمَجْبُوبٌ مَا لَهُ ذَكَرٌ

بَابُ بَرَاءَةِ حَرَمِ النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ مِنَ الرِّيبَةِ

ذَكَرَ فِي الْبَابِ حَدِيثَ أَنَسٍ أَنَّ رَجُلًا كَانَ يُتَّهَمُ بِأُمِّ وَلَدِهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ ، فَأَمَرَ عَلِيًّا - رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ - أَنْ يَذْهَبَ يَضْرِبَ عُنُقَهُ ، فَذَهَبَ فَوَجَدَهُ يَغْتَسِلُ فِي رَكِيِّ ، وَهُوَ الْبِئْرُ ، فَرَآهُ مَجْبُوبًا فَتَرَكَهُ ، قِيلَ : لَعَلَّهُ كَانَ مُنَافِقًا وَمُسْتَحِقًّا لِلْقَتْلِ بِطَرِيقٍ آخَرَ ، وَجَعَلَ هَذَا مُحَرِّكًا لِقَتْلِهِ بِنِفَاقِهِ وَغَيْرِهِ لَا بِالزِّنَا ، وَكَفَّ عَنْهُ عَلِيٌّ - رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ - اعْتِمَادًا عَلَى أَنَّ الْقَتْلَ بِالزِّنَا ، وَقَدْ عَلِمَ انْتِفَاءَ الزِّنَا . وَاَللَّهُ أَعْلَمُ .

 

Thâbit nous a informé, d’après Anas ibn Mâlik, qu'un homme fut accusé (d'avoir eu une relation) avec Umm al-Walad (Maria la Copte), la « concubine » du Messager de Dieu (paix sur lui) arrivée à Médine en l’an 7 H. Le Prophète dit alors a 'Alî ibn Abî Ṭâlib : « Va et décapite-le ». 'Alî parvint jusqu'à lui et le trouva au puits se rafraîchissant avec son eau. 'Alî lui dit : "Sors !" Il lui tendit sa main et l'extirpa. Il constata alors qu'il était castré et qu'il n'avait pas de verge[1]. 'Alî le laissa donc puis se rendit auprès du Prophète (paix sur lui) et dit : "Ô Messager de Dieu, il est castré et ne possède pas de verge." »[2]

 

Dans ce chapitre du commentaire d'an-Nawawî, il est fait mention du hadîth d’Anas dans lequel un homme était accusé d'avoir eu une relation avec Maria la Copte. Le Prophète ordonna donc à 'Alî (paix sur lui) de le décapiter mais, le trouvant au puits, ‘Alî constata qu'il était castré et n’appliqua pas l’ordre prophétique.

 

En commentant ce hadîth, certains théologiens dirent : « Il se peut qu'il ait été hypocrite et qu'il méritait d'être tué d'une autre manière (ou alors pour une autre raison), et ceci constitua le motif de son assassinat pour hypocrisie et autre, et non pour adultère. 'Alî cessa donc avec lui en se basant sur le fait que le tuer était en lien avec l'adultère, alors que ce dernier n'était pas avéré. Dieu est plus savant. »

 

Nous pouvons déjà préciser que ce hadîth est souvent utilisé par les détracteurs de l'islam, notamment pour donner une mauvaise image du Messager de Dieu Muḥammad qui apparaît ici comme un dictateur ou un chef intransigeant et injuste. En effet, ce récit fait légitimement place à au moins quatre accusations malgré qu’il soit déclaré « ṣaḥîḥ » :

  • Le Messager de Dieu tuait par simple suspicion et sans présentation de témoin confirmant l’acte reproché.
  • Le Messager de Dieu ne jugeait pas selon ce que Dieu a révélé et ordonnait la décapitation sans justice.
  • Le Messager de Dieu accusait sa compagne d’adultère sans élément probant (contrairement à l'histoire de la calomnie de 'Âïsha).
  • L’éthique et la morale de la compagne du Messager de Dieu est loin d’être irréprochable et elle n’avait aucune estime pour ce dernier.

 

Bien qu'an-Nawawî et d'autres savants tardifs donnèrent l’explication suivante : « ... il se peut qu'il ait été hypocrite et qu'il méritait la mort pour une autre raison... », cela semble totalement incohérent pour plusieurs raisons :

  • 'Alî, en tant que « bourreau » officiel envoyé par le chef du proto-État islamique, aurait dû savoir de quoi il en retournait et le décapiter en connaissance de cause. Mais comme il ne le fit pas, cela témoigne que la peine était bien liée à l'accusation d’adultère (zinâ) selon ce que prétend ce hadîth qui, rappelons-le, est qualifié de « ṣaḥîḥ ».
  • De plus, d'autres ḥadîths montrent que le Messager de Dieu (paix sur lui) ne tuait pas les hypocrites. En effet, lorsque 'Abdallah ibn Ubay (la tête des hypocrites) a dit : « Par Dieu, si nous retournons à Médine, le plus puissant en fera assurément sortir le plus humble. » 'Umar répliqua : « Laisse-moi trancher la tête de cet hypocrite. » Le Messager dit alors : « Laisse-le, afin que les gens ne puissent pas dire que Muḥammad tue ses compagnons »(hadîth ṣaḥîḥ). Qu'en est-il alors d'un homme accusé sans preuve, sans procès, sans possibilité de se défendre ?
  • En outre, selon d'autres récits ou paroles métaphoriques, le Prophète (paix sur lui) est décrit comme étant "le Coran qui marche" ou encore par 'Âïsha comme suit : "son comportement était le Coran", signifiant par là qu'il était la parfaite incarnation des principes coraniques, que ce soit du point de vue juridique, morale ou éthique. D’ailleurs, comment pourrait-il en être autrement alors que Dieu a loué ses mœurs dans le Coran :

وَإِنَّكَ لَعَلَىٰ خُلُقٍ عَظِيمٍ

« Et tu es certes, d'une moralité éminente. »[3]

 

Enfin, ajoutons que du point de vue juridique, ce hadîth entre encore en contradiction avec le Coran qui demande, pour toute accusation ou soupçon d’adultère, la présence obligatoire de témoins. En effet, Dieu dit :

 

وَالَّذِينَ يَرْمُونَ أَزْوَاجَهُمْ وَلَمْ يَكُنْ لَهُمْ شُهَدَاءُ إِلَّا أَنْفُسُهُمْ فَشَهَادَةُ أَحَدِهِمْ أَرْبَعُ شَهَادَاتٍ بِاللَّهِ ۙ إِنَّهُ لَمِنَ الصَّادِقِينَ

« Et quant à ceux qui lancent des accusations contre leurs propres épouses, sans avoir d'autres témoins qu'eux-mêmes, le témoignage de l'un d'eux doit être une quadruple attestation par Dieu qu'il est du nombre des véridiques. »[4]

 

Dieu dit :

إنَّ الَّذِينَ جَاؤُوا بِالْإِفْكِ عُصْبَةٌ مِّنكُمْ لَا تَحْسَبُوهُ شَرًّا لَّكُم بَلْ هُوَ خَيْرٌ لَّكُمْ لِكُلِّ امْرِئٍ مِّنْهُم مَّا اكْتَسَبَ مِنَ الْإِثْمِ وَالَّذِي تَوَلَّى كِبْرَهُ مِنْهُمْ لَهُ عَذَابٌ عَظِيمٌ - لوْلَا إِذْ سَمِعْتُمُوهُ ظَنَّ الْمُؤْمِنُونَ وَالْمُؤْمِنَاتُ بِأَنفُسِهِمْ خَيْرًا وَقَالُوا هَذَا إِفْكٌ مُّبِينٌ - لوْلَا جَاؤُوا عَلَيْهِ بِأَرْبَعَةِ شُهَدَاء فَإِذْ لَمْ يَأْتُوا بِالشُّهَدَاء فَأُوْلَئِكَ عِندَ اللَّهِ هُمُ الْكَاذِبُونَ - ولَوْلَا فَضْلُ اللَّهِ عَلَيْكُمْ وَرَحْمَتُهُ فِي الدُّنْيَا وَالْآخِرَةِ لَمَسَّكُمْ فِي مَا أَفَضْتُمْ فِيهِ عَذَابٌ عَظِيمٌ - إذْ تَلَقَّوْنَهُ بِأَلْسِنَتِكُمْ وَتَقُولُونَ بِأَفْوَاهِكُم مَّا لَيْسَ لَكُم بِهِ عِلْمٌ وَتَحْسَبُونَهُ هَيِّنًا وَهُوَ عِندَ اللَّهِ عَظِيمٌ - و لَوْلَا إِذْ سَمِعْتُمُوهُ قُلْتُم مَّا يَكُونُ لَنَا أَن نَّتَكَلَّمَ بِهَذَا سُبْحَانَكَ هَذَا بُهْتَانٌ عَظِيمٌ - يَعِظُكُمُ اللَّهُ أَن تَعُودُوا لِمِثْلِهِ أَبَدًا إِن كُنتُم مُّؤْمِنِينَ

« Ceux qui sont venus avec la calomnies sont un groupe d'entre vous. Ne pensez pas que c'est un mal pour vous, mais plutôt, c'est un bien pour vous. A chacun d'eux ce qu'il s'est acquis comme pêché. Celui d'entre eux qui s'est chargé de la plus grande part aura un énorme châtiment. ¤ Pourquoi, lorsque vous l'avez entendue [cette calomnie], les croyants et les croyantes n'ont-ils pas, en eux-mêmes, conjecturé favorablement, et n'ont-ils pas dit : "C'est une calomnie évidente ?" ¤ Pourquoi n'ont-ils pas produit [à l'appui de leurs accusations] quatre témoins ? S'ils ne produisent pas de témoins, alors ce sont eux, auprès de Dieu, les menteurs. ¤ N'eussent-été la grâce de Dieu sur vous et Sa miséricorde ici-bas comme dans l'au-delà, un énorme châtiment vous aurait touchés pour cette (calomnie) dans laquelle vous vous êtes lancés, ¤ quand vous colportiez la nouvelle avec vos langues et disiez de vos bouches ce dont vous n'aviez aucun savoir ; et vous le comptiez comme insignifiant alors qu'auprès de Dieu cela est énorme. ¤ Et pourquoi, lorsque vous l'entendiez, ne disiez-vous pas : "Nous ne devons pas en parler. Gloire à Toi (ô Dieu) ! C'est une énorme calomnie" ? ¤ Dieu vous exhorte à ne plus jamais revenir à une chose pareille si vous êtes croyants. »[5]

 

Le Coran n'a pas ordonné et permis l'exécution arbitraire d'un homme et l’accusation injuste d’une femme sous prétexte de simples suspicions, à l’inverse de ce que voudrait nous faire croire ce hadîth pourtant qualifié de Ṣaḥîḥ par Muslim. D’ailleurs, comment le Prophète pouvait-il ignorer l’ordre divin alors que les règles en cas d’adultère étaient déjà révélées.

 

Conséquemment, peut-être pourrions-nous nous interroger sur le fait que de nombreux muḥaddithûn (savants du ḥadîth), trop concentrés et absorbés par leur discipline, aient pu en oublier la référence permanente et nécessaire au Coran en se focalisant sur la terminologie de la science du ḥadîth. De même, alors que certaines traces rapportent que des muḥaddithûn ne connaissaient pas le Coran entièrement, on pourrait également supposer que certains spécialistes du ḥadîth n’avaient pas le réflexe ou étaient dans l’incapacité matériel de se référer continuellement au Livre de Dieu. Ils ont pu ainsi préférer interpréter sans cesse le ḥadîth pour chercher, parfois en vain, une concordance avec la sharî'a, plutôt que de le rejeter tout bonnement pour cause de contradiction avec la révélation.

 

En conséquence, à ceux qui répondraient que les principes pour condamner une personne ont été établis par les fuqahâ (juristes), nous répondons cela :

  • D'une part, il s'agit dans cette démarche d'innocenter le Prophète (paix sur lui) d'une telle pratique et d'un tel comportement non-islamique et contraire à la Loi divine.
  • D'autre part, il s'agit de ne pas laisser la porte ouverte à une interprétation abusive et erronée, basée sur un récit pourtant qualifier de « ṣaḥîḥ », qui permettrait de tuer sur simples suspicions, d'autant que nous constatons ce que peuvent faire certains groupes contemporains.
  • Enfin, il s'agit de redonner la priorité absolue à la non-contradiction avec le Coran pour authentifier ce qu’on attribue au Prophète, plutôt que de chercher des interprétations parfois farfelues et incohérentes, au risque de s’éloigner de la sagesse coranique.

 

L'imâm ash-Shâfi’î rapporte avec sa chaine dans al-Umm (7/307-308) :

 

و بإسناده ـ عن علي بن أبي طالب رضي الله عنه أنه قال: "إذا أتاكم الحديث عن رسول الله صلى الله عليه وسلم فظنوا أنه الذي هو أهدى، و الذي هو أتقى، و الذي هو أحيا

ثم ذكر بإسناده قول عمر :"....لكنكم تأتون قوماً لهم دوي بالقرآن كدوي النحل فأقلوا الرواية عن رسول الله."

قال : "و كان علي بن أبي طالب رضي الله عنه لا يقبل الحديث عن رسول الله صلى الله عليه وسلم و الرواية تزداد كثرة، و يخرج منها ما لا يعرف، و لا يعرفه أهل الفقه، و لا يوافق الكتاب و لا السنة، فإياك وشاذ الحديث، و عليك بما عليه الجماعة من الحديث، و ما يعرفه الفقهاء، و ما يوافق الكتاب و السنة، فقس الشياء على ذلك، فما خالف القرآن فليس عن رسول الله صلى الله عليه وسلم و إن جاءت به الرواية، حدثنا الثقة عن رسول الله صلى الله عليه وسلم أنه قال في مرضه الذي مات فيه :"إني لأحرم ما حرم القرآن، و الله لا يمسكون علي بشيء" فاجعل القرآن و السنة المعروفة إماماً و قائداً، و اتبع ذلك و قس عليه ما يرد عليك مما لم يوضح لك في القران و السنة"- (الأم للشافعي 7: 307-308)

 

« 'Alî ibn Abî Ṭâlib - que Dieu l’agréé - a dit : "S'il vous parvient un hadîth du Messager de Dieu (paix sur lui), vous devez penser qu'il (le ḥadîth) est celui qui est le plus à même de guider, le plus à même d'appeler à la piété et le plus à même de revivifier." »

 

Puis il cite avec sa chaîne la parole de 'Umar Ibn al-Khaṭṭâb : « Mais vous viendrez à un peuple qui produit des vrombissements à cause de leur lecture du Coran tel le vrombissement des abeilles. Modérez (dans une autre version « diminuez ») les narrations (riwâya) sur le Messager de Dieu... »

 

Il écrit aussi : « 'Alî ibn Abî Ṭâlib - que Dieu l'agréé - n'acceptait pas le hadîth du Messager de Dieu (paix sur lui) et la narration qui fourmille en grand nombre. Il excluait d'elle ce qu'il ne connaissait pas, ce que ne connaissaient pas les savants du Fiqh et ce qui n'était pas en concordance avec le Livre et la sunna (reconnue). Prends garde donc au hadîth shâdhdh (isolé) ! Il te faut être ce sur quoi est la Jamâ'ah concernant le Ḥadîth. Ce qui contredit le Coran n'est pas du Messager de Dieu (paix sur lui) et ce, même si l’information te parvient par chaîne de transmission (riwâya). Un homme de confiance (thiqa) m’a rapporté selon le Messager de Dieu qu'il a dit lors de la maladie dont il succomba : "J'interdis ce que le Coran interdit. Par Dieu, ils n'auront rien contre moi." Fais que pour toi le Coran et la Sunnah connue soit tels un imâm et un guide, et suis ce chemin, jauge ce qui te parvient (comme hadîth) parmi ce qui ne t'est pas clair dans le Coran et la sunna. »

 

Il est donc aujourd'hui nécessaire de continuer à revoir le patrimoine islamique et de confronter les ḥadîths à la lumière du texte coranique, afin de dépoussiérer ce qui doit l’être et rejeter ce que l’on a trop longtemps accepté à cause du chaîne de transmission qualifiée de « ṣaḥîḥa » (authentique).

 

Que Dieu nous permette de comprendre.

 

William Laywis

******

 

COMPLEMENT D'INFORMATION

 

Il est à noter qu’an-Nawawî ne mentionne nullement un savant qui aurait affaibli ce hadith et Ibn al-Qayyim al-Jawziyya a dit dans Zâd al-Ma'ad :

وَقَدْ أَشْكَلَ هَذَا الْقَضَاءُ عَلَى كَثِيرٍ مِنَ النَّاسِ ، فَطَعَنَ بَعْضُهُمْ فِي الْحَدِيثِ ، وَلَكِنْ لَيْسَ فِي إِسْنَادِهِ مَنْ يُتَعَلَّقُ عَلَيْهِ ، وَتَأَوَّلَهُ بَعْضُهُمْ عَلَى أَنَّهُ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ لَمْ يُرِدْ حَقِيقَةَ الْقَتْلِ ، إِنَّمَا أَرَادَ تَخْوِيفَهُ لِيَزْدَجِرَ عَنْ مَجِيئِهِ إِلَيْهَا . قَالَ : وَهَذَا كَمَا قَالَ سُلَيْمَانُ لِلْمَرْأَتَيْنِ اللَّتَيْنِ اخْتَصَمَتَا إِلَيْهِ فِي الْوَلَدِ : " عَلَيَّ بِالسِّكِّينِ حَتَّى أَشُقَّ الْوَلَدَ بَيْنَهُمَا " ، وَلَمْ يُرِدْ أَنْ يَفْعَلَ ذَلِكَ ، بَلْ قَصَدَ اسْتِعْلَامَ الْأَمْرِ مِنْ هَذَا الْقَوْلِ ، وَلِذَلِكَ كَانَ مِنْ تَرَاجِمِ الْأَئِمَّةِ عَلَى هَذَا الْحَدِيثِ : بَابُ الْحَاكِمِ يُوهِمُ خِلَافَ الْحَقِّ لَيُتَوَصَّلَ بِهِ إِلَى مَعْرِفَةِ الْحَقِّ ، فَأَحَبَّ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ أَنْ يَعْرِفَ الصَّحَابَةُ بَرَاءَتَهُ ، وَبَرَاءَةَ مارية ، وَعُلِمَ أَنَّهُ إِذَا عَايَنَ السَّيْفَ ، كَشَفَ عَنْ حَقِيقَةِ حَالِهِ ، فَجَاءَ الْأَمْرُ كَمَا قَدَّرَهُ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ .

وَأَحْسَنُ مِنْ هَذَا أَنْ يُقَالَ : إِنَّ النَّبِيَّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ أَمَرَ عليا رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ بِقَتْلِهِ تَعْزِيرًا لِإِقْدَامِهِ وَجُرْأَتِهِ عَلَى خَلْوَتِهِ بِأُمِّ وَلَدِهِ ، فَلَمَّا تَبَيَّنَ لعلي حَقِيقَةُ الْحَالِ ، وَأَنَّهُ بَرِيءٌ مِنَ الرِّيبَةِ ، كَفَّ عَنْ قَتْلِهِ ، وَاسْتَغْنَى عَنِ الْقَتْلِ بِتَبْيِينِ الْحَالِ ، وَالتَّعْزِيرُ بِالْقَتْلِ لَيْسَ بِلَازِمٍ كَالْحَدِّ ، بَلْ هُوَ تَابِعٌ لِلْمَصْلَحَةِ دَائِرٌ مَعَهَا وُجُودًا وَعَدَمًا .

 

En somme, le jugement proféré dans le ḥadîth a posé des problèmes à beaucoup de gens. Certains voulurent l’affaiblir, mais personne dans la chaîne de transmission ne peut faire l’objet de critique. D’autres l’ont interprété en disant que le Prophète ne voulait pas véritablement le tuer, mais qu’il voulait l’effrayer pour l'éloigner d’elle. Mais c'est ici une tentative explicite de conciliation, au risque de dire n’importe quoi. En effet, si tel fut le cas, il semble évident, à la lecture du récit, que ‘Alî n’avait pas du tout compris qu’il s’agissait d’effrayer l’homme. Ils disent également que le Prophète a voulu agir comme Salomon lorsqu’il menaça de couper en deux l’enfant qui était disputé par deux femmes, mais qu’il ne voulait pas le faire véritablement. D’autres imâms sont passés maîtres dans les galipettes intellectuelles en mettant comme titre à ce ḥadîth : chapitre du juge qui fait imaginer le contraire de la vérité afin de parvenir par cela a la vérité. Mais Ibn al-Qayyim affirme que le mieux est que l'on dise que le Prophète (paix sur lui) a ordonné à ‘Alî de le tuer pour appliquer le ta'zîr (sentences non instituées par le Coran), car il avait osé entrer dans son intimité avec la Umm al-Walad. Quand ‘Alî constata la vérité de la situation, il ne le tua pas et n’appliqua donc pas le ta’zîr[6].

 

[1] Est-ce à dire qu’il ne portait pas de vêtement couvrant ses parties intimes ?

[2] Commentaire d'an-Nawawî du Ṣaḥîḥ Muslim, chapitre de la disculpation de la femme du Prophète (paix sur lui).

[3] Coran (al-Qalam 68/4)

[4] Coran (an-Nûr 24/6) : sourate révélée après l’an 5-6.

[5] Coran (an-Nûr 24/11 à 17)

[6] On se demandera au passage comment on peut appliquer un ta’zir en contradiction avec les injonctions coraniques...

Suite à la publication de l’article de Yahya Bonaud dans le groupe LDC en mars 2019 (sous le titre de « Fais monter la sauce comme tu peux »), dans lequel dans un style pamphlétaire et sarcastique, était mis en question les démarche et méthode hypercritiques de certains arabisannts (« bédouinisants ») se basant sur les sciences humaines et sociales pour déconstruire le récit traditionnel des premiers temps de l’islam, en particulier le nombre des cinq prières canoniques, s’en est suivie une « correspondance » sous forme de commentaires sous le poste publié dans le groupe, entre l’auteur de l’article et l’islamologue Hicham Abdel Gawad, membre actif du groupe et l’auteur de l’article.

C’est à la lecture d’un article paru dans Les Cahiers de l’islam récemment, qui met à l’honneur l’historienne Jacqueline Chabbi, que l’on a souhaité dire quelques mots[1].
Elle développe au cours de l’interview essentiellement deux points. L’un a trait à sa thèse favorite, qui consiste à inscrire le temps de la réception coranique dans un contexte anthropologique déterminé.

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