L’histoire des débuts de l’islam sous le prisme des sciences humaines.

Islamologie
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Il est indéniable que l’islam fait parler de lui ces dernières années notamment depuis l’émergence de l’extrémisme islamiste dont lien avec l’islam est plus ou moins assumé par les musulmans.

L’objet de cet article n’est pas de débattre sur les liens entre l’extrémisme et l’islam dont les textes seraient les porteurs des germes de cette violence qui pour certains, fait partie intégrante de l’islam lui-même et pour d’autres n’est qu’un phénomène relativement récent qui s’explique par d’autres paramètres, géopolitique et géostratégiques en particulier.

Sans vouloir chercher une relation de cause à effet entre d’une part, la médiatisation de l’islam et d’autre part, la multiplication des études déconstructivistes sur « les origines de l’islam ».

La démarche de cet article-introductif- est de dresser un panorama des études islamologiques contemporaines dans la perspective de les vulgariser auprès des membres du groupe LDC qui ne seraient pas familiers avec cette branche du savoir.

Je préviens d’emblée les lecteurs que je ne me présente pas en tant que spécialiste en la matière, je ne suis qu’un simple autodidacte qui souhaiterait partager ce qu’il a accumulé sur à ce sujet et rien d’autre.

Espérant que ce sera le début d’une série d’articles succincts qui font suite à la série réalisée par Hicham Abdel Gawad que je recommande fortement pour une meilleure perspective (cf. Lien en fin d’article)

 
Les deux grandes tendances de l’islamologie contemporaines

A l’instar des études historico-critiques appliquées aux textes du judaïsme et du christianisme, il était tout à fait naturel de voir les cercles académique, s’attaquer aux textes fondateurs de l’islam.

Il fut un temps où la démarche était celle de l’orientalisme de l’époque coloniale qui a cédé la place à toutes sortes d’approches plus au moins détachées d’entreprises idéologiques. Le contexte de l’extrémisme que nous avons mentionné ci-haut n'est pas le seul mais peut expliquer, du moins en partie, l’accroissement sans précédent des études déconstructivistes portant sur les débuts de l’islam.

La remise en question des fondamentaux de l’islam concerne souvent, son lieu d’apparition, ses textes fondateurs voire même la négation pure et simple de l’historicité de son fondateur.

Pour schématiser dans un but purement pédagogique, l’on peut résumer les approches académiques des débuts de l’islam selon deux écoles ; bien entendu la réalité est plus complexe, car il y a des chercheurs qui ne s’identifient dans aucune des deux écoles (ou dans les deux d'une certaine manière).

  •  L’approche historique classique respectant le paradigme traditionnel

 
Cette approche dite modérée, ne cherche pas systématiquement à décrédibiliser ou déconstruire un fait communément admis. Elle ne cherche pas non plus à substituer l’histoire connue par un scénario alternatif en rupture totale avec le consensus établi.

L’apparition de l’islam a eu lieu en Arabie du VIIème siècle à la Mecque, puis à Médine. Ce paradigme Nöldekien (en référence à Théodore Nöldek, fondateur de l’islamologie) est dépendant des grandes lignes du récit traditionnel, sachant qu’il est tardif, contradictoire et non fiable en ce qui concerne les détails historiques.

La démarche bien qu’elle respecte le cadre général de la tradition, s’emploie à écarter les aspects légendaires et procède à des recoupements au niveau des sources afin de tenter de dégager un noyau historique. Compte tenu de la rareté des sources contemporaines à l’apparition de l’islam.

Dans ce cas, il n’y a pas d’autre choix que d’étudier la tradition islamique tout en adoptant une attitude critique par les outils d’analyse modernes dont l’analyse littéraire intra-textuelle et inter-textuelle, la méta-textualité, la rhétorique sémitique…etc. C’est ce qui est convenu d’appeler la méthode SYNCHRONIQUE.

Ici l’absence de preuves n’est pas forcément une preuve d’absence.

  •  L’approche historico-critique, hypercritique ou révisionniste

 
Cette approche hyper-sceptique parfois qualifiée de révisionniste repose sur un procédé d’analyse qui vise, la déconstruction systématique et parfois excessive d’une donnée historique, en s’attaquant à chacun de ses moindres détails. Elle se distingue de la critique historique rationnelle, qui adopte un usage judicieux de la raison, ayant pour finalité d'affiner, de préciser et de restituer la vérité historique.

Elle ne se base pas sur un paradigme alternatif, car nous n’avons pas affaire à une école structurée avec une méthodologie homogène. Il s’agit plutôt de plusieurs courants hétérogènes, qui visent à dépasser le paradigme Nöldekien. Le moyen étant la déconstruction, c’est-à-dire, faire éclater le carcan du paradigme précité puisqu’il est jugé trop dépendant de la tradition, ce qui est en partie vrai. Les sources islamiques sont écartées, car elles seraient contradictoires et loin de la période étudiée étant écrites entre le VIII-IXè siècle.

Les chercheurs de cette tendance opèrent selon deux approches :

  • soit le rejet en bloc de toute la tradition pour certains auteurs ( P.Crone, Y.D.Nevo,Volker Popp, Rober Kerr...)
  • soit la sélection de certaines sources qui corroborent l’idée préconçue pour d’autres (D.Gibson, EM Gallez, A.J Deus…).

Les moyens utilisés dans cette école sont l’archéologie, la numismatique, l’épigraphie, la philologie, la comparaison des textes (intertextualité), selon une approche dite DIACHRONIQUE.

Ici l’absence de preuves est considérée comme une évidence de l’absence.

 
Les grands dossiers de l’islamologie contemporaine

Vue l’immensité du chantier, les débuts de l’islam sont étudiés par différents spécialistes, selon une démarche multidisciplinaire impliquant plusieurs domaines.

L'hiérarchie selon le niveau preuve se décline selon l’ordre suivant :

  1. Archéologie
  2. Numismatique
  3. Épigraphie
  4. Papyrologie-Codicologie
  5. Témoignages contemporains ou proches de la période étudiée
  6. Témoignages tardifs et/ou éloignés géographiquement
  7. Analyse littéraire et philologique selon plusieurs approches

 
Les thèmes étudiés

  1. Transmission et canonisation du Coran
  2. Transmission et canonisation des Hadiths
  3. Pertinence de la Sirah comme source historique
  4. Historicité de la Mecque et de Médine
  5. Historicité de Muhammad et des premiers califes

 

Pour en savoir plus consulter mes articles :

  • Approche du Pr Guillame Dye[le scepticisme prudent]
  • Approche du Pr Geneviève Gobillot[la méta textualité & l’intertextualité]
  • Approche du Pr Michel Cuypers[la rhétorique sémitique]
  • Approche du Pr Mehdi Azaeiz[le contre discours coranique]
  • Pour une approche historico-critique impartiale sur les débuts de l'islam
  • Résumé de mon livre sur la thèse de Dan Gibson [l’hypercritique 1]
  • Réponse à la thèse Édouard Marie Gallez [l’hypercritique 2]

 
Lien pour les télécharger : www.ahmedamine.net/articles

 

Lien vers les interventions d’Abdel Gawad :


https://www.youtube.com/playlist?list=PLzonVFAtViNF2CqoQkjTonCKIJUjvH-tu&fbclid=IwAR0z7uGl1D1Sjg7sN91S3NEmGfIj_MRH1GJoD8xj80-6NOUVPuTVaVEt2no