« Traduttore, traditore », de la traduction du Coran

Islamologie
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Comme le veut l’adage, « traduire c’est trahir ». Une très belle illustration de cela nous est offerte par ce site, qui vient d’être lancé dans le cadre d’un vaste projet de recherche européen, et propose une lecture synoptique de différentes phases de traduction du texte coranique, entre les XIIe et XXe siècles.

Ce texte a été rédigé en réaction à cet article : Traduction du Coran du XIIe au XXIe siècle.

Il permet de faire ressortir les choix / erreurs / oublis / inventions / imprécisions / élisions / déformations / … que les différents traducteurs ont fait subir au texte coranique. Cette version n’est qu’un début, qui sera augmenté d’autres textes dans les prochains mois.

Les notices de “contextes” remettent en perspective chacune des versions proposées. Elle sont également l’occasion d’un état de l’art des études scientifiques sur la fixation du texte coranique, loin de tous les fantasmes des “hystérico-critiques” (à ne pas confondre avec leurs honorables quasi-homonymes !) qu’on voit souvent passer ça et là :

« Il n’est pas question de dire ici que l’ensemble du texte coranique ni, à plus forte raison, que chaque mot soit sujet à une multitude de lectures, car le corpus reste très homogène, malgré les quelques différences graphiques observables dans certains manuscrits. De même, les recherches contemporaines basées sur les codices coraniques n’ont pas encore montré l’existence de versets manquants ou ajoutés. Et, de son côté, la tradition musulmane chiite, qui fait mention de versets manquants au sujet du successeur du Prophète, ne peut présenter jusqu’à ce jour aucun manuscrit à l’appui de cette thèse. Les différences entre les traductions, anciennes comme contemporaines, semblent plutôt liées à la polysémie des termes employés, à l’influence des écoles exégétiques coraniques, comme aux différentes traditions attribuées au Prophète, à sa famille et à ses Compagnons.

Certaines études contemporaines, en particulier les travaux de Christoph Luxenberg ont également tenté de mettre en évidence l’origine syro-araméenne du Coran et de montrer que l’interprétation la plus fidèle au texte primitif découle de cette origine. Bien que cette théorie ne soit pas véritablement admise dans les milieux académiques et ne puisse s’appliquer à l’ensemble du texte coranique, certains exemples d’interprétations auxquelles elle donne lieu restent intéressants. »

Enfin, les analyses de ces notices concernant les fixations progressives des “qira’ât” recèlent aussi des informations étonnantes, comme cette variante au sens spirituel et ésotérique très intéressant :

« Quant au changement des mots, on en donnera une image en citant le verset « wa ǧā’at sakratu-l-mawti bi-l-ḥaqq » (lx, 19). Une lecture extra-canonique remontant à Abū Bakr al-Ṣiddīq (mort en 13/634), premier calife de l’islam et confident du Prophète, suppose de le réciter ainsi : « wa ǧā’at sakratul-ḥaqqi bi-l-mawt ». Ce changement n’altère pas complètement le sens, mais apporte là encore une nuance, à la fois sémantique et stylistique : dans un cas, l’avènement de la mort et de ses affres (sakrat al-mawti) va de pair avec la manifestation de la vérité (al-ḥaqq) ; dans l’autre, c’est la vérité (al-ḥaqq) qui entraîne ces affres et se manifeste par la mort. »

Ce texte a été rédigé en réaction à cet article : Traduction du Coran du XIIe au XXIe siècle.