On associe spontanément littéralisme et conservatisme. Les deux veulent en rester là. Le littéraliste nous dit : voici ce que dit le texte, pas la peine d'aller plus loin, on en reste là. Le conservateur, à son tour, nous dit : voici l'état des choses, pas la peine de le changer, on en reste là. Le texte est très bien tel quel selon l'un, le monde est très bien tel quel selon l'autre. Une vie sans interprétation et sans transformation, une vie minérale... On se moque souvent de ceux qui pensent ainsi. Mais on voit rarement qu'une forme bizarre de littéralisme est apparue : celle des musulmans modernistes (progressistes, réformistes, rationalistes, coranistes, pseudo-soufis, historico-critiques, philosophes autoproclamés, etc.).

Des intellectuels musulmans contemporains face à la science : le cas de Tariq Ramadan analysé par Alexandre Moatti

Ingénieur des Mines et historien, le spécialiste en histoire des sciences Alexandre Moatti se penche sur la vision des sciences telle que développée par des penseur Musulmans contemporains, de Qotb à Ramadan en passant par Guénon [1]. Influence du créationnisme, domaines de la connaissance supposés être réservés aux religieux, révisionnisme historique pour mettre en concurrence héritage grecs et musulmans mais aussi complotisme et concordisme, toutes les postures de ces penseurs sont passées au crible pour constater comment une certaine vision idéologique de la science tend à en effacer les concepts primordiaux qui font la connaissance scientifique et la rationalité tels que l’analyse ou le doute critique et méthodique.

Comme le veut l’adage, « traduire c’est trahir ». Une très belle illustration de cela nous est offerte par ce site, qui vient d’être lancé dans le cadre d’un vaste projet de recherche européen, et propose une lecture synoptique de différentes phases de traduction du texte coranique, entre les XIIe et XXe siècles.

Les cinq premiers imams du chiisme, peinture issue d’un Zoubdat al-tawarikh, Empire ottoman, XVIe siècle, Istanbul, musée de Topkapı © Roland and Sabrina Michaud / akg-images

Dans un texte paru en 20171, il nous avait été donné de mettre en exergue les points de concordance et de discordance entre les traditions sunnite et chiite sur la question de la succession du Prophète de l’islam. L’accent avait été mis sur la traduction d’un certain nombre de textes du corpus proto-duodécimain, qui montrent, non sans véhémence, la volonté de ses auteurs d’affirmer la légitimité des revendications chiites ainsi que la continuité du message des Imāms au fil des générations. L’on propose ici d’aborder les choses un peu différemment, en ne se contentant plus uniquement d’une approche bibliographique. En effet, la mise en ligne cette année d’un manuscrit du XVIIème siècle permet d’appréhender les sources du chiisme avec un autre regard. C’est justement ce que l’on invite à étudier.

Pour un certain nombre de croyants dans le monde, l’origine de l’Homme s’explique par un ancêtre commun, Adam. Pendant des siècles, cette affirmation avait été tenue pour vraie, jusqu’à ce que les sciences modernes viennent l’infirmer.

Il nous avait été donné, à l’occasion d’une interview (LDC, juin 2019), d’expliquer les raisons qui amenaient à réviser ce paradigme traditionnel, au profit d’une lecture linéaire de l’histoire humaine. Il sera question ici d’en brosser simplement un résumé, sachant qu’un ouvrage à paraître permettra à l’intéressé de se référer à une quantité beaucoup plus importantes d’informations. Forcément, étant donné l’impératif de concision, l’impasse sera faite sur des sujets annexes mais non moins cruciaux, tels que l’usage de la raison en religion, la critique nécessaire des textes apocryphes, l’élaboration des dogmes autour de la problématique anthropogonique, etc.

Abū-l Ḥassan ‘Alī b. Muḥammad al-Ǧullābī, dit Ibn al-Maġāzalī, est un traditionniste iraquien, spécialiste de l’histoire de Wāssiṭ[1], sa ville natale, à l’est de Naǧaf et de Kerbalā’. On ne connaît pas précisément sa date de naissance ; l’on sait en revanche qu’il s’est noyé dans le Tigre, près de Bagdad, et y meurt donc, en 483 de l’hégire[2]. Ce fut un savant de rite šāfī‘ite (ou mālikite selon les avis) et de croyance aš‘ārite, surtout connu pour la rédaction d’ouvrages dans le domaine du ḥadīt. Un seul (sur les onze qu’il a écrits)[3] nous est parvenu à ce jour, celui des Manāqib ‘Alī b. Abī Ṭālib. Il est également présenté, selon les éditions, sous le titre de Manāqib Ahl al-bayt, puisqu’il traite en fin des qualités de Fāṭima, épouse de ‘Alī, et de leur deux fils Ḥassan et Ḥussayn. C’est celui qu’on s’apprête à présenter.

La référence au mu’tazilisme dans les débats publics sur l’islam, les universités et certaines officines institutionnelles est de plus en plus courante en France. Le mu’tazilisme est associé, dans les représentations générales, au courant rationaliste de l’islam, celui qui a entre autres postulé la nature créée du Coran. Qu’en est-il réellement ?

Les néo-mu’tazilites sont-ils fidèles au mu’tazilisme ?

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