Une sexualité dévoilée ?

Islam sociétal
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Ça a commencé avec une invitation à aller dans une pâtisserie, celle de Yann Couvreur. Mon amie ouvre de grands yeux , qu'elle a très jolis sous son hijab. Elle adore son travail, le suit sur Instagram. "Tu as vu ce qu'il a fait pour la Saint Valentin ?" me demande-t'elle en riant.

Moi:" - Non...

- Tu vois son emblème, c'est le renard...eh bien il a fait un gâteau sur lequel il représente deux renards en train de... Enfin dans une position que les hommes aiment bien...

- quelle position ? [...]

Ce texte a été rédigé en réaction à cette vidéo : Nadia EL BOUGA : "Sexologue, féministe et musulmane"

[...] - quand l'homme est derrière la femme...

-Ah. Et les femmes n'aiment pas, elles ?

- Ben c'est surtout les hommes quand même...

-Ah..."

Ce fameux, "c'est surtout les hommes". Les femmes innocentes de la sexualité.

Rentrée chez moi je m'interroge sur ce discours encore et toujours présent.

Sur la non prise de conscience de la gravité du sujet.

Quand les femmes sont dépossédés de leur sexualité, c'est l'équilibre de la société qui est précaire, car il implique les relations hommes-femmes, le bien-être des femmes, leur estime d'elles-même à travers la compréhension de leurs corps etc.

Il me semble que c'est un sujet qui dépasse largement la communauté musulmane. Mais force est de constater que le goût de la pudeur (vertueux au départ) a glissé vers la pudibonderie d'abord puis vers un puritanisme extraordinaire.

Je me suis alors demandé ce qu'en disaient les sexologues qui revendiquent l'islam comme voie d'émancipation sexuelle.

J'écoute cet extrait où l'on entend Nadia EL Bouga nous parler librement de l'islam, des femmes et de la levrette. Ceci pour témoigner de ce que les femmes de l'époque du prophète étaient bien plus capables de parler de sexualité même à un homme. Pour illustration, cet anecdote (hadith): après l'Hégire, les ex-mecquois souhaitent se mettre en couple avec des femmes médinoises et pratiquer avec elle cette fameuse position. Une délégation de femmes se rend alors auprès du prophète pour s'en plaindre : cela ne fait pas partie de leurs coutumes et cela donne des enfants affligés de strabisme. Suite à cela, sera révélé ce verset qui dit en substance "Allez à vos champs de labour comme vous le souhaitez", ce que le consensus traduit par "faites l'amour dans les positions qu'il vous plaît".

Et là dessus Nadia, dont j'apprécie l'audace et la capacité à se remettre en question au demeurant, de conclure à la liberté sexuelle à travers les textes (Coran et hadith).

Sauf que moi... je reste dubitative. Le hadith d'abord. On a juste des femmes qui expriment non pas un désir de leur corps, mais un non désir. Elles ne revendiquent pas un droit à faire mais le droit de n'être pas "souillée" par le désir bestial des hommes. Rien de neuf donc. La femme subit la sexualité. Seul chose positive, elles estiment avoir le droit de dire Non. Mais ça ne durera pas...

Car derrière arrive le verset... Et là... Sous l'apparente liberté il y a surtout l'affirmation aux hommes (le "champ de labour" peut difficilement représenter un homme ) qu'ils peuvent jouir du corps des femmes à leur guise. Ici, il n'y a pas d'encouragement aux femmes à éprouver leur corps librement. Ainsi, celle qui ne voulait pas de levrette, pourra finalement se la voir imposée. Et pour des siècles on assoit le siège de la sexualité comme affaire d'homme. Ils sont ceux auxquels s'adressent ce verset et certains récits sont vecteurs d'une violence psychologiques indéniables. Ces récits qui expliquent qu'une femme doit cesser tout ce qu'elle fait quand son homme a envie et que celle qui se refuse à son mari sera maudite par les anges aussi longtemps que durera la situation.

Bizarrement j'ai constaté que les femmes connaissaient assez peu les récits traditionnels. Mais ceux là, elles les connaissent. Cela fait partie de l'éducation sexuelle des jeunes filles... Les hommes aussi d'ailleurs. Qui comptent bien là dessus pour ne pas avoir à faire d'effort. À quoi bon alimenter et stimuler le désir d'une femme si on lui apprend à ne pas se refuser ? C'est plus simple. Et pourtant tellement plus dommage, et ils le savent, qui ensuite fantasment sur des femmes moins "entravées").

Cela relève d'une fragilité et d'une économie de la virilité.

Les femmes du monde arabo-musulman auraient elles trop surprotégés leurs hommes ?

Oh, on a bien eu des savants "humains" qui ont du emmettre des fatawa pour expliquer aux hommes que tout de même il ne fallait pas forcer sa femme... Mais d'autres en face, grâce à ces textes, expliqueront qu'une femme qui se refuse est responsable de la fitna (désordre dans la société) en frustrant son homme et qui affirment clairement que le viol conjugal est une aberration de l'Occident..

Ce que je trouve par contre fabuleux pour l'époque, c'est cette façon dont ces verset ont attaqué la pensée magique, irrationnelle.... Le Coran contredit le :"Si je fais l'amour ainsi, il va se passer ceci ou cela..." Et ça c'est extraordinaire pour l'époque.

Mais pour le reste, comment comprendre que le Coran et les récits traditionnels, ont participé à entériner ce clivage sexuel entre hommes et femmes ?

"Le meilleur d'entre vous est le meilleur avec sa femme..."

J'interroge aussi la responsabilité des femmes qui transmettent cette idée que la sexualité se subit pour la paix des ménages et qu'un corps de femme serait de ce point de vue moins vivant qu'un corps d'homme.

À tel point qu'il est très courant aujourd'hui d'entendre des hommes (qu'en savent-ils...?) nous expliquer à nous les femmes, que nous avons surtout besoin de protection et pas vraiment de sexualité.

Les femmes devraient se réapproprier le discours. Pourquoi ne le font elles pas ? Le texte peut il être réellement libérateur ? A-t-il vocation à l'être ? À donner des consignes sexuelles ? Dans quelle lecture ?

Ce texte a été rédigé en réaction à cette vidéo : Nadia EL BOUGA : "Sexologue, féministe et musulmane"