La finance islamique peut-elle sauver la planète ?

Islam sociétal
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Existe-t-il une finance islamique et celle-ci peut-elle apporter un règlement positif aux problèmes contemporains ? Si l’on en croit cet article, l’existence et l’utilité de la finance islamique ne font aucun doute et dans un contexte marqué par les crises et les scandales financiers en Occident, celle-ci pourrait jouer un rôle positif. Mieux, les apports de cette finance seraient très attendus pour développer la protection de l’environnement. Une finance doublement verte

Ce texte a été rédigé en réaction à cet article : Quand la finance islamique investit sur la planète

Il faut pourtant revenir aux fondamentaux :

  • à quoi sert la finance ? A mobiliser les capitaux nécessaires à l’édification d’un projet économique. L’essentiel de ceux-ci demandent en effet des capitaux importants rarement disponibles chez les porteurs de projets.

  • la finance peut-elle être « éthique » ? Non, la finance est une technique, elle n’a pas d’états d’âme. En revanche, la loi qui l’encadre contre ses propres dérives se doit de l’être. Encore faut-il que son élaboration relève d’un processus démocratique où, justement, les notions éthiques sont prises en compte.

  • la finance, islamique ou non, peut-elle être utile ? Encore une fois, non. La finance comme technique n’a pas vocation à l’utilité, d’autant plus que cette notion est particulièrement subjective. Se détourner des investissements jugés nuisibles, comme le fait la finance islamique en évitant strictement le marché des boissons alcoolisées, relève de règles de fonctionnement qui ne concernent pas la finance elle-même mais plutôt la discipline que se donne un ensemble d’agents.

  • pas même pour l’environnement et la protection de la planète ? Il n’y a pas de raisons particulières pour qu’ils se portent mieux grâce à la finance islamique. En revanche, la masse considérable de capitaux disponibles dans les pays du Golfe et la tendance de leur détenteur à appliquer une certaine discipline à leurs placements créent de fait un marché spécifique de la finance. Si en plus les projets environnementaux sont plus importants dans les pays émergents, on peut comprendre pourquoi les acteurs de cette économie cherchent à capter les fonds de la finance islamique.

  • s’il y a un marché de la finance islamique, il y a donc une finance islamique ? Pas exactement. L’existence du marché, c’est celle d’un lieu où se rencontrent l’offre et la demande de capital. C’est cette rencontre qui est spécifique, par exemple entre musulmans orthodoxes qui viennent sur cette place et pas ailleurs parce qu’ils ont des contraintes incompatibles avec les marchés financiers classiques.

  • l’interdiction de l’usure, le recours à l’emprunt sans intérêt, l’assurance que l’argent ne passe pas dans des activités illicites, etc…tout cela n’est-il pas une preuve d’une finance spécifique qui part de règles éthiques ? Qu’elle parte de règles éthiques, c’est une évidence sur laquelle il n’y a rien à dire. Par contre, il y a une certaine distance entre des règles revendiquées et leur transposition dans des techniques financières modernes. Pire, nombre de transpositions imaginées jusqu’alors sont de véritables trahisons de tout code éthique ou religieux parce qu’elles opèrent avec les mêmes techniques que dans l’économie classiques en travestissant les notions.

  • un exemple ? Prenons le sukuk. J’ai besoin d’argent pour créer mon entreprise, je trouve des prêteurs que l’intérêt bancaire répugne et donc j’accepte leur argent à 0%. Une superbe affaire (qui plus est rapportée à l’inflation) mais il faut bien que ces personnes gagnent leur vie. Donc, on se fait une reconnaissance que l’on appelle sukuk et on écrit dans le contrat une solution « halal » pour se rémunérer donc pas d’intérêt et pas de revenus fixés à l’avance. Par exemple, une ijar : avec mes sukuks, le prêteur achète à ma place un bien d’investissement et me fait payer un loyer pour son utilisation. Le loyer est limité dans le temps et je bénéficie d’une option d’achat. Exactement ce que l’on appelle une LOA (location avec option d’achat). Bien sûr la somme des loyers et l’option d’achat sont en faveur du prêteur.

  • on enlève intérêt et on appelle ça loyer ? Exactement. Dans la technique de la Mourabaha, c’est encore plus clair. La banque achète une voiture ou une maison à ta place et te les revend plus cher avec un paiement en 100 fois…sans frais. Sauf que cette action de vente/revente s’accompagne d’un bénéfice pour le prêteur (normal, c’est de la revente) même si elle cachée dans un crédit sans frais.

  • est-ce que la banque islamique partage les risques ? Difficile à dire. Il faut regarder attentivement les contrats et voir ce qu’il se passe en cas de faillite de l’emprunteur. Je ne pense pas que les banques islamiques supporteraient beaucoup de défaillances de leurs clients. Si l’on s’arrête sur la technique de la Musharaka, la banque prête à peu près tout (sympa) et se rémunère en fixant à l’avance une part des bénéfices. Non seulement, il n’y a pas de différence fondamentale avec les intérêts (sinon la prise de risque) mais, de plus, cette opération n’est ni plus ni moins qu’une LBO cad un remboursement des dettes par une remontée massive de dividendes.

Ce texte a été rédigé en réaction à cet article : Quand la finance islamique investit sur la planète