Le jeu dangereux des apprentis sorciers de l'islam

Islam sociétal
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Un apprenti sorcier, dans le film Fantasia (1940) de Walt Disney (1901-1966), est quelq'un qui ne maîtrise plus le pouvoir qu'il utilise. Or les intellectuels ont un pouvoir d'influence sur les consciences individuelles et leur discours, s'ils n'y prennent pas garde, peuvent avoir des conséquences sociales qui n'étaient pas nécessairement voulues en les rendant publics.

Ce texte a été rédigé en réaction à cet article : L’évolution de la notion de vérité scientifique: de la vérité spirituelle à la vérité athéiste

Avoir en vue la paix sociale en participant au débat public est donc le minimum attendu de la part d'un intellectuel comme finalement de tout citoyen qui voudrait y contribuer, et ce n'est donc pas parce que le sujet traité dans cet article a rapport à la science qu'il ne devrait pas être soumis à la même prérogative de chercher autant la paix sociale que la vérité dans ses discours publics. La science n'est pas un objet de conquête intellectuel et ne peut l'être si le débat sur la science se veut apaisé.

Pour autant un débat apaisé n'exclut pas le droit à la contradiction surtout si ce débat tourne autour de la science, les critiques de la science et en particulier de la science moderne sont donc les bienvenues puisqu'elle est par essence non-dogmatique et qu'elle se nourrit des critiques quand elles sont évidemment scientifiques. Mais les critiques des intellectuels musulmans qui se complaisent à mélanger l'épistémologie des sciences avec la théologie jouent à mon avis un jeu dangereux, celui de l'apprenti sorcier, dont les dindons de la farce risquent à terme d'être les musulmans eux-mêmes.

Pour l'auteur de cet article la science, la vraie, n'a pas pas pour fonction de produire un discours vérifiable mais des "vérités éternnelles et immuables.[*]" En d'autres termes, toujours selon l'auteur, les vérités scientifiques ne sont en fait possibles que parce qu'elles reposent sur des vérités religieuses, spirituelles et mystiques. L'auteur va jusqu'à parler de "vérité scientifique spirituelle;[*]"

Que cherchent les intellectuels musulmans qui superposent à leur casquette d'épistémologue celle de théologien dans leur croisade contre la science moderne en répétant à l'envie à leur public que les connaissances scientifiques modernes sont incapables de comprendre le réel tel qu'il est ? Que cherchent-ils en répétant continuellement dans leurs discours que les vérités de la science viennent de Dieu et non d'une observation attentive des faits couplée à une méthodologie rigoureuse ? Cherchent-ils à imposer leur autorité de théologiens sur la science moderne pour la convertir au canon de leur foi ?

L'islam est souvent perçu en Occident comme une religion invasive qui tend à soumettre tout ce qu'elle trouve sur son passage à ses préceptes, mais si des intellectuels musulmans qui se complaisent à mélanger dans leurs discours publics la science avec la théologie ne ménagent aucun effort pour convaincre leurs lecteurs ou leur auditoire que c'est la foi qui inspire les vérités scientifiques les craintes d'un islam envahissant pourraient finalement s'avérer fondées.

Si être musulman en société consiste à défendre l'idée que la science doit être soumise à la foi et qu'elle doit reconnaître qu'elle ne peut trouver aucune vérité sans elle, qu'en sera-t-il alors de la politique qui devra sans doute aussi se conformer à l'autorité de la foi ? Un jour ce sera peut-être la liberté d'expression qui sera soumise à l'autorité de la foi si les apprentis sorciers de l'islam arrivent à leur fin.

Les intellectuels musulmans qui se prélassent dans leur critique de la science moderne au nom de leur vérités théologiques jouent à mon avis un jeu dangereux qui ne servira à terme qu'à faire passer les musulmans en Occident pour des fanatiques qui n'ont qu'une seule idée en tête, soumettre la société dans laquelle ils vivent aux préceptes de leur foi. Si des intellectuels musulmans estiment que le statut de la science moderne doit être revu en fonction du canon de leur foi et que ce combat mérite une croisade intellectuelle qu'ils pensent un moment à l'image qu'ils donnent de l'islam et des musulmans auprès de leur public non-musulman.

La science est un objet de connaissance rationnelle et expérimentale, ce n'est pas un objet de conquête intellectuel pour des théologiens en mal de domination sociale

[*] :

Ce texte a été rédigé en réaction à cet article : L’évolution de la notion de vérité scientifique: de la vérité spirituelle à la vérité athéiste