Radicalisés

Islam sociétal
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Il y a quelques jours, j'écrivais un texte sur les dangers du discours du président de la République et de son caractère contre-productif. Aujourd'hui, un ami m'envoie la vidéo d'un prêche de l'imam Eric Younous. Pour résumer, ce dernier explique en substance :

  • Un musulman au vrai sens de ce mot, se doit de penser comme un musulman. La pensée du musulman et une pensée de l'islam, par l'islam, pour l'islam. Point de pensée en dehors de ce cadre, du moins, pour ceux qui se revendiquent de cette appartenance.

Ce texte a été rédigé en réaction à cette vidéo : Radicalisés ?

  • Comprendre le réel et toutes ses dimensions (spirituelles, religieuses, morales, historiques, politiques, etc.), c'est le comprendre à partir de l'islam et de ses enseignements. L'Histoire se répète et elle n'est rien d'autre que la répétition de l'évènement-divin et sacré dont le Coran (et la Sunna) en relate les mystères. Pour comprendre une "situation", il faut comprendre que de "situation" précisément il n'y a pas, puisque la "liberté" de l'homo-islamicus n'est pas celle du sujet sartrien ; l'homo-islamicus se voit confronté non à des contingences, mais à des nécessités historiques théologiquement planifiées pour revenir encore et encore. A charge pour lui de savoir s'éclairer par la Lampe des lampes.

  • Comprendre la situation des musulmans aujourd'hui en France, c'est d'abord la comprendre à partir de ce qu'en dit l'islam. Et, surtout, c'est à partir de l'islam que les musulmans doivent agir en conséquence.

  • L'imam trahit ensuite ses prémisses, et fait un parallèle avec l'Histoire du génocide juif - c'est à dire l'histoire profane et non pas l'histoire sacrée. Et Younous de se demander : "Mais, pourquoi n'ont-ils rien fait, ces juifs, pour endiguer cet antisémitisme et ses conséquences ?". Mais Younous précise-bien : ce n'est pas en faisant des "pétitions", des "marches" ou des "articles" que l'on fera barrage au mal qui vient. Car, oui, il faut le rappeler, c'est uniquement par le modèle divin et prophétique qu'il faut s'abreuver et planifier. Et que demande de faire ce modèle théo-légal ? L'imam n'en dit rien. Mais il y a dans cette absence de réponse, un silence peu rassurant qui ne peut qu'accentuer davantage cette logique de la suspicion et de l'opposition.

  • Que faire ? Questionne notre Lénine. S'unir. Très bien. Mais s'unir sur quoi ? des origines ethniques, nationales, de classes ? Que nenni. La seule union possible est celle fondée sur l'islam. Car oui, n'oubliez pas que vous êtes des musulmans. Ce faisant, s'unir "contre l'islamophobie" est une urgence et une nécessité de premier ordre. Mais, mais, mais, n'oubliez jamais de vous unir contre celle-ci, d'abord et avant tout, en tant que musulmans. Réalisez donc la concordia islamica, car "ils (les mécréants) ne feront aucune différence. Tu es un radicalisé à leurs yeux. Toi musulman, tu es un radicalisé. Tu auras beau vendre ton dîn (ta religion) akhy al karim, ils ne te laisseront pas tranquille." Contre la concorde mécréante qui ne fait pas de différence, faites de votre différence votre essence et votre praxis. Faites de votre identité religieuse votre seul horizon existentiel. Soyez donc, pleinement, des êtres-pour-l'islam, et rien de plus, puisque cela est déjà le Tout et que le Tout vous veut.
    ---> On a donc : une théologisation de l'identité ; une théologisation du savoir ; théologisation de l'Histoire ; théologisation du réel ; théologisation de la praxis politique sous forme d'opposition implicite et tendancielle.

Or, tout ceci n'est possible que parce qu'en amont de cela, il y a une "politique officielle" toute aussi "radicale" qui alimente cette tendancielle opposition et cette essentialisation identitaire ; elle la nourrie, l'excite, la provoque, la relance, la rappelle - pour ne pas dire la créée, quelquefois. Eric Younous n'est pas un "radicalisé". Mais il propose un discours qui, comme celui de Macron - et bien qu'assurément légitime et compréhensible aux vues du contexte -, est dangereux et contre-productif sur bien des aspects.

Parce qu'on ne naît pas "radical", on le devient. Et, la radicalité proto-politique (voire politique tout court), précède la radicalité théologique.

Ce texte a été rédigé en réaction à cette vidéo : Radicalisés ?