Islam, sexualité et IVG : quand le fiqh était arrangeant

Islam sociétal
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Dans le Maghreb de 2019, la question de l'IVG en général et du droit à l'avortement en particulier reviennent au premier plan, notamment à la suite de l'emprisonnement de la journaliste Hajer Raissouni pour "avortement illégal" et "relation sexuelle hors mariage". La manœuvre politique destinée à punir une voix gênant le pouvoir reste évidente.

Ce texte a été rédigé en réaction à cet article : « Nous, citoyennes et citoyens marocains, déclarons que nous sommes hors la loi »

En effet, tout indique que dans la réalité sociale du terrain, les actes incriminés sont en très grande partie banalisés et n'occupent pas particulièrement les forces de l'ordre :
- un âge moyen du premier rapport sexuel qui serait en décalage de dix ans par rapport à l'âge moyen du mariage [*].
- une législation autour de l'avortement plus ou moins restrictive (droit à l'IVG en Tunisie depuis 1973, tolérance pour l'avortement thérapeutique au Maroc et an Algérie) mais qui fait en réalité la part belle aux femmes ayant les moyens de se rendre en clinique privée.

Par ailleurs le discours normatif est bien plus nuancé que la représentation que l'on peut s'en faire, par exemple depuis l'Occident. Si les relations sexuelles hors mariage sont largement condamnées par la morale populaire aussi bien que par le corps des religieux qui peut pousser jusqu'au harcèlement violent envers des personnes (surtout des femmes) soupçonnés de "débauche", la vision de l'IVG est beaucoup plus modérée que dans la majorité des pays à tradition chrétienne. Même dans les régions les plus traditionalistes du Maghreb, on ne relève aucune attaque contre une clinique gynécologique ou contre le personnel médicale. Oui, il est moins risqué d'être Gynécologue à Casablanca que dans l'Alabama.

Alors que tous les débats sociétaux tournent facilement à l'hystérie, la question se pose donc de comprendre les origines du relatif apaisement des débats liés à l'avortement au Maghreb.

Peut-être qu'une piste historique réside dans cette incroyable théorie de l'enfant endormi selon laquelle un fœtus peut "dormir" dans le ventre de sa mère et naître 1 an, 5 ans, 10 ans après la disparition volontaire ou involontaire de son père. Pour incroyable qu'elle soit pour tout un chacun, même avec les connaissances médicales du moyen-âge, cette théorie a été validée et reconnue par la jurisprudence islamique.

Y a-t-il eu une époque où les docteurs foi savaient aussi passer sous silence les fautes et les drames de leurs ouailles et s'arranger avec les mœurs de la société?

[*] Selon le sociologue Abdessamad Dialmy cité par Jeune Afrique : https://www.jeuneafrique.com/138577/societe/maroc-jeunes-et-c-libataires-par-d-faut/

Ce texte a été rédigé en réaction à cet article : « Nous, citoyennes et citoyens marocains, déclarons que nous sommes hors la loi »