Bien manger pour mieux débattre ?

Santé
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Chers membres,

Je vous sollicite au cours de cette pause déjeuner pour examiner attentivement le contenu de vos assiettes car il impactera votre manière de penser et de débattre sur le groupe.

En effet, notre cerveau c'est-à-dire notre intelligence, notre comportement, notre humeur, nos compétences cognitives et notre santé mentale dépendent étroitement de notre alimentation.

Ce texte a été rédigé en réaction à cette vidéo : Comment notre alimentation influence notre santé mentale | ARTE

Notre cerveau est constitué : de cellules – les neurones et autres – composées essentiellement de graisses et de cholestérol en abondance ; des synapses, les zones d'échanges entre neurones, dépendant des acides gras oméga-3 ; des neurotransmetteurs, les molécules de communication entre neurones, formés d'acides aminés (fragments de protéines) ; des « cofacteurs enzymatiques », qui facilitent les réactions chimiques, issus de certaines vitamines B9, B12, B6, B1… Et tous ces nutriments proviennent de notre alimentation.

La recherche sur le sujet est en pleine expansion et de nombreuses études ont permis de mieux comprendre l’influence de l’alimentation sur notre cerveau.

Tout d’abord, l’alimentation impacte notre santé cérébrale et nos capacité cognitives

De récentes études ont montré que la «malbouffe », c'est-à-dire les aliments riches en calories et pauvres en nutriments altère les capacités cognitives du cerveau. Une étude réalisée sur des souris retrouve que celles qui ont été nourries avec des aliments trop gras ou trop sucré obtiennent de moins bons résultats aux tests de mémorisation et de flexibilité cognitive.

Chez les personnes souffrant du syndrome métabolique (associant obésité abdominale, résistance à l’insuline, dyslipidémie), maladie liée au mode de vie sédentaire et à une mauvaise alimentation, on observe une diminution du volume du cerveau.

D'autres études soulignent que des déséquilibres alimentaires chroniques augmentent le risque de déclin cognitif lié à l'âge, et suggèrent qu’une mauvaise alimentation accélérerait le vieillissement cérébral et neuronal.

Au contraire, une alimentation équilibrée de type méditerranéenne (riche en oméga 3, fruits et légumes) a clairement démontré une amélioration du fonctionnement cérébral et une meilleure prévention contre les maladies cérébrales et le déclin cognitif lié à l’âge.

La consommation d’acides gras polyinsaturés de type oméga 3 (trouvés dans les noix, les graines, le poisson et les légumes verts à feuilles) et mono-insaturés (présents dans l’huile d’olive, l’avocat et les noix) sont indispensables au bon fonctionnement cérébral.

Les fruits et les légumes sont une source essentielle de nutriments (vitamines, antioxydants, minéraux…). La consommation de 5 fruits et légumes par jour est bonne mais peut-être pas suffisante : manger jusqu’à 800 grammes de fruits et légumes par jour est associé à la plus forte réduction des risques d’accidents vasculaires cérébraux (AVC).

Les aliments riches en antioxydants ont démontré un effet protecteur. Par exemple, les anthocyanines contenues dans les baies rouges (fraises, myrtilles, mûres…) peuvent induire des mécanismes permettant d’éliminer les déchets cellulaires qui, accumulés dans le cerveau, sont en partie responsables de déficits cognitifs. Les épinards, les brocolis et surtout le raisin contiennent du resvératrol, puissant antioxydant, dont l’effet neuroprotecteur dans le cas de la maladie de Parkinson ou de la maladie d’Alzheimer a été démontré chez l’animal.

D’autres études ont montré l’intérêt des polyphénols contenus dans le café ou encore le chocolat noir pour améliorer les fonctions cognitives mais aussi pour réduire le risque d’AVC. La consommation de café (1 à 6 tasses par jour) réduit de 17% le risque d’AVC Le chocolat noir semble aider à l’élimination de radicaux libres et diminuerait de jusqu’à 39% le risque d’AVC chez l’adulte.

La consommation d’aliments riches en vitamine A (foie) ou précurseurs de vitamine A (abricots, carottes) permet à l’organisme de produire l’acide rétinoïque, substance jouant un rôle primordial dans la plasticité cérébrale et la formation de nouveaux neurones.

De plus, l’alimentation joue un rôle dans la régulation de l’humeur

Dans une étude réalisée par Tasmine Akbaraly, du Département d’épidémiologie et de santé publique du Collège universitaire de Londres, près de 3 500 personnes âgées de 35 à 55 ans ont été suivies pendant dix ans. Les résultats ont montré qu’une alimentation riche en graisse et en sucre augmentait de 58 % les symptômes dépressifs par rapport à une alimentation intermédiaire. Au contraire, les personnes ayant une alimentation riche en fruits, légumes et poisson avaient moins de symptômes dépressifs que la moyenne (26%).

Par ailleurs, une alimentation riche en acide gras oméga 3 diminuerait le risque de dépression alors qu’un déficit augmente le risque suicidaire.

Enfin, l’alimentation agit sur notre comportement et notamment l’agressivité 

Il existe incontestablement un lien entre le régime alimentaire et le comportement violent voire criminel.

Plusieurs recherches ont établi que certaines personnes ayant des conduites agressives surconsomment des aliments sucrés.

David Hemenway, de l’École de santé publique de Harvard, a interrogé près de 1900 adolescents âgés de 14 à 18 ans sur leurs habitudes de consommation et divers comportements, par exemple apporter une arme à l’école, être violent envers ses pairs, des membres de sa famille, sa petite amie (ou son petit ami). Les résultats ont indiqué que parmi ceux qui consommaient une canette de soda sucré par semaine, 23 % apportaient une arme à l’école, 15 % avaient été violents envers leur partenaire au cours de l’année qui avait précédé l’enquête, et 35 % l’avaient été envers leurs pairs durant la même période. Chez ceux qui consommaient 14 canettes par semaine, 43% apportaient un couteau ou un revolver à l’école, 27% avaient été violents envers un partenaire et 58 % envers des pairs. Les divers facteurs socio-économiques susceptibles d’influer sur le résultat (situation de la famille, attitudes parentales, quotient intellectuel) étaient contrôlés.

En revanche, il est avéré que les oméga-3, les antioxydants, les probiotiques et les polyphénols, les vitamines, les minéraux et les oligoéléments ont des répercussions positives sur notre comportement. 

En 2002 par Bernard Gesch, chercheur en nutrition et en criminologie à l’université d’Oxford, a démontré de manière spectaculaire l’impact d’un changement d’alimentation sur le comportement agressif de jeunes prisonniers. Cette expérience s’est tenue dans une prison anglaise impliquant 231 garçons de 18 à 21 ans. 2 groupes ont été formés. Les individus du premier groupe avaient droit à des compléments alimentaires- acides gras essentiels, vitamines, antioxydants et sels minéraux -dans leur alimentation quotidienne. Pour le deuxième groupe en revanche, l’alimentation est restée inchangée. L’expérience a duré 4 mois. Il a pu être constaté que les prisonniers du premier groupe (qui ont absorbé des compléments) avaient commis en moyenne 26% d’infractions en moins avec une diminution de près de 37% des actes de violence. Pour le deuxième groupe aucun changement n’a pu être remarqué. 

Faudrait t-il expérimenter l’impact d’un changement d’alimentation dans les écoles de quartiers sensibles par exemple pour réduire le taux d’incivilités et d’actes violents ?

Cette expérience a déjà été menée dans un lycée américain du Wisconsin qui a complètement changé la nature des repas servis aux élèves. Au menu, des protéines naturelles, des céréales complètes, des fruits et légumes, le tout préparé sur place sans colorants, ni conservateurs, ni fritures, ni sodas. Résultat : les jeunes sont moins indisciplinés, plus concentrés, et affichent de meilleurs résultats scolaires. 

L’importance d’une alimentation équilibrée dans le bon fonctionnement du cerveau n’est plus à démontrer. Il faut tout de même rester holistique et ne pas oublier d’autres éléments indispensables comme l'activité physique, facteur impliqué dans le maintien et l'entretien des capacités cérébrales, ainsi qu’un temps de sommeil approprié. Par ailleurs, il faut noter que l'intelligence des biens nourris ne dépend pas uniquement de leur assiette mais surtout de leur éducation et des apprentissages favorisant les performances intellectuelles. Enfin, le lien de la « malbouffe » avec le comportement violent n’est sans doute qu’un aspect d’un style de vie favorisant les conduites agressives.

Je vous remercie de votre attention. C’est une première pour moi sur LDC. Si les thèmes de santé vous intéressent, je développerai une série d’articles sur le groupe et le site.

Ce texte a été rédigé en réaction à cette vidéo : Comment notre alimentation influence notre santé mentale | ARTE