L’homme Alpha serait-il en voie de disparition dans les pays développés d’occident ?

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L’homme Alpha serait-il en voie de disparition dans les pays développés d’occident ?
Et par ce biais, est-ce le début de la fin de la civilisation occidentale qui s’auto-détruit progressivement mais surement par son mode de vie ?

De récentes études ont tiré la sonnette d’alarme devant un déclin préoccupant du taux de testostérone chez les hommes occidentaux et d’autres prévoient leur stérilité dans 40 ans.

Faut t-il s’en inquiéter ? Peut-on stopper ce déclin de testostérone et de fertilité ? Ou bien faut t-il considérer cela comme une évolution naturelle de l’Humanité?

La testostérone est une hormone stéroïde du groupe des androgènes. Chez l'homme, elle est produite majoritairement au niveau des testicules par les cellules de Leydig et au niveau des glandes surrénales. Les femmes en produisent également en plus petite quantité, aux niveaux des ovaires et des surrénales.

La testostérone joue un rôle primordial dans la vie masculine:

  • Elle permet la différenciation des cellules embryonnaires en cellules de l'appareil génital mâle, c'est ce que l'on appelle : la différenciation sexuelle.
  • Puis à partir de la puberté les testicules se mettent à synthétiser alors plus de testostérone, ce qui va jouer un rôle primordial dans la fertilité avec la maturation des jeunes spermatozoïdes et l'apparition des caractères sexuels secondaires.
  • Enfin, il existe un déclin progressif du taux de testostérone lié à l’âge chez l’homme à partir de l’âge de 30 ans et certains parlent même d’andropause au-delà de 45 ans.

En 2007, une étude de cohorte américaine a révélé un déclin conséquent du taux de testostérone sur les vingt dernières années dans une population d’hommes américains (échantillon étudié de 1709 personnes). Cette baisse est évaluée en moyenne à 1% par an et elle n’est pas liée à l’âge (1). Cela signifie qu’un homme de 40 ans en 2004 a un taux de testostérone diminué de 17% en comparaison à un homme de 40 ans en 1987.

La même année, une étude de cohorte danoise menée entre 1982 et 2001, vient confirmer ces résultats avec un taux de testostérone moyen plus faible chez les dernières générations d’hommes au même âge (2).

Quelles peuvent être les conséquences au niveau de la santé du déclin du taux de testostérone chez l’homme ? Quelles sont les causes expliquant ce déclin ? Peut-on y remédier ?

I) Quelles sont les conséquences d’une baisse de testostérone chez l’homme ?

La déficience en testostérone provoque chez l’homme une symptomatologie physique et psychique invalidante (société américaine d’endocrinologie) :

Sur le plan physique :

- Diminution de la fertilité
- Diminution de la masse musculaire
- Augmentation de la masse grasse
- Gynécomastie et douleurs mammaires
- Diminution de la pilosité
- Fractures osseuses
- Sudations et bouffées de chaleur
- Diminution des érections spontanées
- Diminution des performances physiques
- Anémie

Sur le plan psychique :

- Diminution de la libido et de l’activité sexuelle
- Diminution de l’énergie, de motivation ou d’initiative
- Humeur dépressive
- Troubles de la concentration et de la mémoire
- Troubles du sommeil

Plusieurs études ont montré une association entre des taux bas de testostérone et un risque augmenté de mortalité totale et plus spécifiquement cardiovasculaire.

En effet, une méta-analyse de sept études réalisée en 2011 (11 831 individus) a montré une association entre des taux bas de testostérone et la mortalité totale ainsi qu’une probable association avec la mortalité cardiovasculaire (3).

Cette déficience en testostérone aggrave les facteurs de risque de maladies cardiovasculaire comme la résistance à l’insuline, l’hypertension, les dyslipidémies, l’obésité et les marqueurs inflammatoires.
L’impact de ce déclin sera considérable sur la santé publique avec une estimation d’environ un million de nouveaux cas de diabète les vingt prochaines années aux Etats-Unis (4).

Enfin, une large méta-analyse réalisée en 2017, analysant la fertilité des hommes dans le monde par le biais de la qualité du sperme, a retrouvé des résultats très préoccupants pour les occidentaux (Amérique du Nord, Europe, Australie) avec une dégradation nette de la qualité du sperme et du nombre de spermatozoïdes (de plus de 50% entre 1973 et 2011) en comparaison aux hommes asiatiques, africains ou sud américains .
Si cette dégradation continue, les auteurs prévoient la stérilité des hommes occidentaux pour 2060 (4).

II) Quelles sont les causes de la baisse de testostérone ?

Les causes de la baisse du taux de testostérone ne sont pas complètement comprises. Les études suggèrent que ce déclin serait d’origine multifactorielle incriminant en premier lieu le mode de vie moderne.

Tout d’abord, l’épidémie d’obésité semble jouer un rôle déterminant. Les cellules graisseuses convertissent la testostérone en œstrogène et provoquant ainsi la baisse du taux de testostérone.
Cela entraine un cercle vicieux puisque la baisse de testostérone provoque aussi la prise de masse grasse au détriment de la masse musculaire (5).

Une récente étude de cohorte a montré que l’état de santé et le mode de vie comme le développement d’un diabète, l’obésité, la perte d’un conjoint pourrait avoir un impact négatif sur le taux de testostérone (6).

Enfin de nombreux chercheurs mettent surtour en cause l’exposition à de nombreux produits chimiques inhibant la testostérone comme les pesticides (PCB) (7) ou des perturbateurs endocriniens contenus dans le plastique comme le biphosphénol A (8), les phtalates (9) ou le triclosan (agent anti bactérien dentifrice) (10) qui miment les effets des estrogènes ou inhibent la testostérone.

D’autres facteurs ont été évoqués comme l’utilisation de sous vêtements serrés, l’augmentation de la température dans les maisons et lieux de travail, la baisse d’activité physique.

III) Comment améliorer le taux de testostérone?

L’exercice physique

Une large revue de la littérature a montré que les hommes pratiquant un exercice physique régulier avaient un taux de testostérone plus élevé (11) (12).

Une récente étude a montré que l’augmentation de l’activité physique chez les hommes obèses est plus bénéfique que la perte de poids pour augmenter le taux de testostérone (13).

Le travail physique en résistance comme la musculation avec port de charge est le meilleur exercice pour booster le taux de testostérone à court et à long terme (14).
L’exercice en HIIT (high intensity interval training) a aussi montré un effet positif sur le taux de testostérone (15).

La nutrition

L’alimentation joue un rôle fondamental sur le taux de testostérone comme sur tout le système hormonal.

Une restriction calorique ou une suralimentation induraient une baisse de la production de testostérone (16) (17) (18).

Une alimentation équilibrée avec un apport protéique adapté, la prise de glucides complexes associée à de l’exercice physique en résistance permettait une meilleure optimisation du taux de testostérone (19).
De nombreuses études ont démontré l’intérêt d’une alimentation riche en graisses pour maintenir un bon taux de testostérone alors qu’un régime pauvre en graisse à l’effet contraire (20) (21).

L’apport en vitamines et en minéraux

L’apport en vitamine D provient essentiellement de l’exposition solaire. Les populations vivant dans des régions à faible taux d’ensoleillement sont très souvent en carence de vitamine D.

Une supplémentation en vitamine D d’environ 3000 UI de vitamine D3 par jour a permis l’augmentation de testostérone de 25% en moyenne (22).

La supplémentation en zinc chez les athlètes et les hommes présentant une déficience a permis de booster la testostérone et d’améliorer la qualité du sperme de 74% (23)(24) .

D’autres études suggèrent que les vitamines A, B, C et E pourraient jouer un rôle sur le taux des hormones sexuelles mais cela doit être confirmé par d’autres études.

Le sommeil

Une étude a montré que dormir 5 heures par nuit pendant une semaine était associé à une réduction de 15% du taux de testostérone et de plus de 35% quand le temps de sommeil devient inférieur à 4 heures par nuit par rapport aux hommes dormant 8h par nuit (24) (25).

Il est recommandé de dormir entre 7 et 10 heures par nuit.

La réduction du stress

Un stress induit physiologiquement une augmentation
de l’hormone de stress : le cortisol.

Les études ont démontré qu’une augmentation du taux de cortisol entraînait rapidement une baisse de la testostérone (26) (27).

Autres aspects du mode de vie

Une sexualité épanouie jouerait un rôle important dans la régulation des hormones sexuelles et de la testostérone. La stimulation sexuelle et la fréquence des rapports sexuels entrainent une élévation du taux de testostérone (28) (29).

Par ailleurs, La consommation d’alcool entraînerait une diminution du taux de testostérone (30) (31).

En conclusion :

La baisse du taux de testostérone chez les hommes occidentaux est préoccupante. Les causes de ce déclin ne sont pas complètement élucidées. Il faut réagir urgemment et modifier le mode de vie occidental moderne délétère à la survie des hommes.


1. Age Trends in the Level of Serum Testosterone and Other Hormones in Middle-Aged Men: Longitudinal Results from the Massachusetts Male Aging Study | The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism | Oxford Academic [Internet]. [cité 17 nov 2019]. Disponible sur: https://academic.oup.com/jcem/article/87/2/589/2846777
2. Secular Decline in Male Testosterone and Sex Hormone Binding Globulin Serum Levels in Danish Population Surveys | The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism | Oxford Academic [Internet]. [cité 17 nov 2019]. Disponible sur: https://academic.oup.com/jcem/article/92/12/4696/2597312
3. Endogenous Testosterone and Mortality in Men: A Systematic Review and Meta-Analysis | The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism | Oxford Academic [Internet]. [cité 17 nov 2019]. Disponible sur: https://academic.oup.com/jcem/article/96/10/3007/2834841
4. Temporal trends in sperm count: a systematic review and meta-regression analysis | Human Reproduction Update | Oxford Academic [Internet]. [cité 17 nov 2019]. Disponible sur: https://academic.oup.com/humupd/article/23/6/646/4035689
5. Mogri M, Dhindsa S, Quattrin T, Ghanim H, Dandona P. Testosterone concentrations in young pubertal and post-pubertal obese males. Clinical Endocrinology. 2013;78(4):593‑9.
6. Travison TG, Araujo AB, Kupelian V, O’Donnell AB, McKinlay JB. The Relative Contributions of Aging, Health, and Lifestyle Factors to Serum Testosterone Decline in Men. None. 1 févr 2007;92(2):549‑55.
7. Goncharov Alexey, Rej Robert, Negoita Serban, Schymura Maria, Santiago-Rivera Azara, Morse Gayle, et al. Lower Serum Testosterone Associated with Elevated Polychlorinated Biphenyl Concentrations in Native American Men. Environmental Health Perspectives. 1 sept 2009;117(9):1454‑60.
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9. Urinary Phthalate Metabolites Are Associated With Decreased Serum Testosterone in Men, Women, and Children From NHANES 2011–2012 | The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism | Oxford Academic [Internet]. [cité 17 nov 2019]. Disponible sur: https://academic.oup.com/jcem/article/99/11/4346/2836774
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