L’épidémie d’obésité et de diabète : Une catastrophe sanitaire en vue pour l’humanité.

Santé
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La période des fêtes de fin d’année est celle de tous les excès alimentaires : repas gargantuesques, profusion d’aliments gras et ultra sucrés, abus de boissons alcoolisées… Loin de moi l’idée de faire ma rabat-joie, il est possible de se faire raisonnablement plaisir tout en réfléchissant à l’impact de notre mode de vie sur notre état de santé.

Je vous propose un article faisant un état des lieux de l’alarmante épidémie de l’obésité et du diabète dans le monde.

Tandis que le taux de personnes souffrant de faim chronique continue à progresser, avec un nombre de 821 millions dans le monde, une épidémie préoccupante d’obésité se répand.

Plus de 1.9 milliards d’adultes sont en surpoids dans le monde dont 650 millions en obésité. Cette épidémie touche également les enfants avec 41 millions d’enfants de moins de 5 ans en surpoids ou obèse et plus de 340 millions entre 5 et 19 ans (1).

Depuis 1980, la prévalence du surpoids chez les adultes dans le monde a augmenté de 28 % : elle est passée de 28,8 % à 36,9 % chez les hommes, et de 29,8 % à 38 % chez les femmes. Ces augmentations sont également constatées chez les enfants et les adolescents (2) .

Quant à la prévalence de l'obésité, elle a plus que doublé au cours des 40 dernières années : elle est passée de 3,2 % à 8 % chez les hommes (+150 %) et de 6,4 % à 14,9 % (+133 %) chez les femmes entre 1975 et 2014. Si ces tendances se poursuivent, la prévalence de l'obésité dans le monde sera de 18 % chez les hommes et de 21 % chez les femmes d'ici 2025 (3).

Ces tendances sont constatées dans les pays en développement comme dans les pays développés. Autrefois considérés comme caractéristiques des sociétés riches, l’obésité et le surpoids prennent aujourd’hui de l’ampleur dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, en particulier en milieu urbain, où ce phénomène s’accélère .

Les complications associées au surpoids et à l'obésité constituent une menace de santé publique d'envergure internationale.
Les principales complications sont :

  • Le diabète de type 2 (44% des cas imputables au surpoids/obésité) avec ces multiples complications (cécité, amputations, insuffisance rénale).
  • Les maladies cardio-vasculaires (23% des cas imputables).
  • Les cancers (entre 7% et 41% des cas imputables au surpoids/obésité selon les localisations). D’après la dernière évaluation réalisée par le Centre international de recherche sur le cancer en 2017 (l'agence spécialisée sur le cancer de l’OMS), le surpoids et l’obésité sont des facteurs de risque établis pour 13 localisations de cancers (cancers du côlon, du rein, du sein et cancers de l’endomètre)(4) .

Ainsi l’OMS a estimé un nombre de décès d’au moins 2,8 millions personnes chaque année imputable au surpoids et à l’obésité qui sont reconnus comme la cinquième cause de mortalité dans le monde.

En Amérique du Nord : Les États-Unis comptent la plus grande proportion de personnes en surpoids et obèses – 13% du total mondial –un pays qui ne représente que 5% de la population mondiale. On estime que 160 millions d'américains sont obèses soit 36,2% de la population et 67,9% sont en surpoids (73% pour les hommes et 63,2% pour les femmes). Les enfants américains sont près de 30% de moins de 20 ans en surpoids, contre 19% en 1980 (5).

En Amérique latine et les caraibes : Ces pays sont partagés entre la faim qui touche selon les derniers chiffres 39,4 millions de personnes soit 6,1% de la population et l’épidémie d’obésité avec un quart de la population y souffrant d’obésité et environ 60 % sont en surpoids(4).

En Europe : 52 % des adultes étaient en surpoids et 15,2 % étaient obèses en 2017. Pour exemple, la France compte 59,5 % et ainsi que la Belgique (67% des hommes sont en surpoids) et respectivement 21,6 % et 22,1 % en obésité.

En Afrique subsaharienne : La famine continue de faire rage, tout comme la malnutrition. Mais paradoxalement, dans les pays en développement, le taux d'obésité augmente plus rapidement que partout ailleurs dans le monde.

Au Burkina Faso par exemple, le taux d'obésité a grimpé de 1400 % sur ces 36 dernières années. Au Ghana, au Togo en Ethiopie et au Bénin, on observe une augmentation de plus de 500 %. L’Afrique du Sud (pays le plus développé en Afrique sub-saharienne) dénombre pas moins de 28, 3% d’adultes obèses.

Les enfants ne sont pas épargnés avec un nombre d’enfants en surpoids qui est passé de 4 millions en 1990 à plus de 10 millions actuellement.

En Afrique du Nord et au moyen Orient : Le surpoids et l’obésité sont est en pleine explosion et battent des records. Tous les pays de la région dépassent un taux de surpoids de 60% dans la population ! Particularité de la région, le surpoids et l’obésité touchent beaucoup plus les femmes.

Le Kuweit a dépassé la prévalence des Etas Unis avec 37% d’obésité dans la population (45,6% d’obésité chez les femmes) et 73.4% de surpoids.

L’Arabie saoudite compte 35,4 % d’obésité dans la population totale (42,3% pour les femmes) et 70% sont en surpoids.

Le Qatar compte 35.1 % d’obésité dans la population totale (43,1% pour les femmes) et 72% sont en surpoids.

L’Iran compte 61,6% de personnes en surpoids et 25,8 % en obésité (32,2% des femmes)

Au Maghreb, l’Algérie compte plus de 27,4 % d’obésité et plus 62% de surpoids (66% des femmes sont en surpoids et 34,9% en obésité) suivie par la Tunisie et le Maroc avec respectivement 26,9 % et 26,1% d’obésité et 62% et 60,4 de surpoids (65,8% et 64% des femmes sont en surpoids et 34,3% et 32,2% des femmes sont obèse).

En Asie : La population est moins touchée que les autres régions du monde par le surpoids et l’obésité mais la tendance est aussi à l’augmentation. Par ailleurs, comme on le verra plus bas, le diabète y explose.

En Inde, la prévalence du surpoids est passée de 9,7% au début du siècle à près de 20% actuellement et 3,2% d’obésité.

En Chine, des décennies de pénurie alimentaire ont fait place à l’abondance, on est passé de la famine à l’abondance en moins d’une génération et la prévalence de l’obésité et du surpoids a plus que doublé au cours des dernières décennies. le Ministre chinois de la Santé estimait que 300 millions de Chinois étaient obèses (surpoids 32,3% et obésité 6.2%).

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Le diabète constitue l’une des plus graves épidémies mondiales du 21ème siècle.

L’OMS estime que le nombre d’adultes diabétiques a quadruplé entre 1980 et 2019, passant de 108 millions à 463 millions. Plus de la moitié des diabétiques ignorent qu’ils le sont et une partie encore plus grande d’entre eux ne bénéficie d’aucun traitement.

Le diabète sévit partout et ne concerne plus que les pays riches. Comme pour l’obésité, qui en est le précurseur, le nombre de cas de diabète augmente surtout dans les villes des pays à revenu faible ou intermédiaire.

La plupart des diabétiques ont un diabète de type 2. Cette forme de diabète touchait surtout des adultes âgés mais aujourd’hui beaucoup d’enfants et d’adolescents en sont atteints.

Le diabète est une cause majeure de cécité, d’insuffisance rénale, d’accidents cardiaques, d’accidents vasculaires cérébraux et d’amputation des membres inférieurs.

Le diabète entraîne selon l’OMS 3,7 millions de décès chaque année (6).

La région Asie-Pacifique est considérée comme l’épicentre de la crise que représente le diabète avec un nombre de diabétiques d’environ 270 millions soit plus de 58% des diabétiques dans le monde. Ces populations sont caractérisées par un indice de masse corporelle bas mais une importante graisse viscérale.

L’Inde compte près de 77 millions d’adultes diabétiques (prévalence nationale de 8,9%). La prévalence de l’obésité étant proche de 3,2%. Le Pakistan compte 19,4 millions de diabétiques soit une prévalence nationale de 17,1%. L’ile Maurice arrive en tête du classement en prévalence de diabétique avec un taux de 25% de la population.

Les nouvelles les plus alarmantes viennent de Chine. Il existe 116 millions d’adultes diabétiques, ce qui correspond à une prévalence de près de 10,9%. Fait des plus marquants, la moitié de la population chinoise adulte serait atteinte de pré-diabète ! C’est-à-dire que 493 millions de personnes risquent de devenir diabétique et de souffrir des complications de la maladie dans les décennies à venir.

Dans cette région, la mortalité due au diabète est la plus élevée au monde avec un total de 2,5 millions de décès par an.

La prévalence du diabète dans les autres régions du monde est superposable à la carte de prévalence du surpoids et de l’obésité.

En Amérique du Nord, il y a 48 millions de diabétiques soit une prévalence régionale de 13,3%. Les Etats Unis comptent 31 millions de diabétiques (prévalence nationale 13,3%) et le Canada 2,8 millions (prévalence nationale 10,1%). Le Mexique lui compte presque 13 millions de diabétiques soit une prévalence nationale très élevées de 15,3%.

En Amérique du Sud, il y a prés de 32 millions de diabétiques soit une prévalence régionale de 9,4%. 

En Europe, on compte 59 millions de diabétiques soit une prévalence régionale de 8,9% de la population. En tête du classement l’Allemagne avec 9,5 millions de diabétiques soit une prévalence nationale 15,3%. Pour exemple, la France compte 3,5 millions de diabétiques soit une prévalence nationale de 7,6% et la Belgique compte 561 000 diabétiques soit une prévalence nationale de 6,8%.

En Afrique du Nord et au moyen Orient : le nombre de diabétiques est de 58 millions avec une prévalence régionale de 12,9%.
En tête du classement en prévalence le Kuweit avec une prévalence nationale de diabétique de 22%.
L’Egypte compte le plus grand nombre de diabétique 8,9 millions (prévalence nationale de 15,2%) suivi de l’Iran avec 5,4 millions de diabétiques (prévalence nationale 9,4%).
Au Maghreb, la prévalence du diabète en Tunisie, Maroc et Algérie est respectivement de 10,2%, 7,4% et 7,2%.

En Afrique subsaharienne, le nombre de diabétique est d’environ 19 millions soit 3,9% de la population. En tête du classement l’Afrique du Sud avec 4,6 millions de diabétiques soit une prévalence de 12,8%.

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Comment expliquer cette épidémie de diabète et d'obésité dans le monde ?

Les chercheurs incriminent tout d’abord la modernisation et l’augmentation des revenus qui ont favorisé un changement rapide des modes de vie, y compris l’abandon des régimes alimentaires traditionnels sains au profit d’une alimentation occidentalisée ultra-sucrée et ultra-transformée.

En plus de ces facteurs liés au mode de vie, dans la région Asie-Pacifique les chercheurs ont montré l’existence d’une éventuelle prédisposition génétique au développement du diabète avec une moindre sécrétion d’insuline et un passage plus précoce du pré-diabète au diabète qui expliquerait la caractéristique épidémiologique exceptionnelle de cette région (6) (7) (8) (9).

Enfin, les experts pointent du doigt le système agroalimentaire comme principal responsable de l’épidémie mondiale.
Ce dernier est sous l’emprise de quelques multinationales dont la production n’a pas pour objectif de fournir des aliments qui permettent de maintenir une bonne santé mais de réaliser le maximum de profit. La politique des groupes est exclusivement tournée vers la baisse du coût des denrées alimentaires qui sont par conséquence de mauvaises qualités et fortement transformées. 

Ce complexe industriel a supplanté un système agroalimentaire ancien tenu par de petits exploitants, qui pendant longtemps a nourri des millions de personnes en Afrique et en Asie. Pour les autorités, il coûte désormais moins cher d’importer des aliments transformés que de récolter des fruits et légumes frais.

Un récent rapport d’expert mené par la commission LANCET (2019) porte de graves accusations contre les grandes multinationales du secteur alimentaire. Il y est indiqué que des tentatives visant à inclure la notion de durabilité dans les recommandations alimentaires nationales aux États-Unis et en Australie ont échoué en raison des pressions exercées par l’industrie alimentaire.

Le rapport détaille comment, en 2016-2017, le secteur des boissons sucrées a dépensé 50 millions de dollars américains pour faire du lobbying contre des initiatives locales visant à réduire la consommation de sodas (10).

La survenue à grande échelle de cas d’obésité et de diabète dans une population n’est donc pas uniquement due à une impossibilité pour les individus de résister à la tentation des graisses ou des sucreries ou à un manque de volonté de pratiquer de l’exercice physique. Elle est surtout due à un manque de volonté politique de s’attaquer à des acteurs économiques puissants tels que les industries des denrées alimentaires et des sodas.

Dr Hejer Cardiologue

 

obesite graphique 1

obesite graphique 2

 

obesite graphique 3

 

obesite graphique 4

 

 


Définitions:

Indice de masse corporelle (IMC) = Poids (kg) /Taille (m)²
Surpoids = IMC > 25 kg/m²
Obésité = IMC > 30 kg/m²


Bibliographie:

1. WHO | Overweight and obesity [Internet]. WHO. [cité 22 déc 2019]. Disponible sur: http://www.who.int/gho/ncd/risk_factors/overweight/en/
2. Ng M, Fleming T, Robinson M, Thomson B, Graetz N, Margono C, et al. Global, regional, and national prevalence of overweight and obesity in children and adults during 1980-2013: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2013. Lancet. 30 août 2014;384(9945):766‑81.
3. NCD Risk Factor Collaboration (NCD-RisC). Trends in adult body-mass index in 200 countries from 1975 to 2014: a pooled analysis of 1698 population-based measurement studies with 19•2 million participants. Lancet. 2 avr 2016;387(10026):1377‑96.
4. Romieu I, Dossus L, Willett WC. Energy balance and obesity [Internet]. [cité 22 déc 2019]. Disponible sur: https://publications.iarc.fr/…/Energy-Balance-And-Obesity-2…
5. Mokdad AH, Ballestros K, Echko M, Glenn S, Olsen HE, Mullany E, et al. The State of US Health, 1990-2016. JAMA. 10 avr 2018;319(14):1444‑72.
6. Ma RCW, Chan JCN. Type 2 diabetes in East Asians: similarities and differences with populations in Europe and the United States. Ann N Y Acad Sci. avr 2013;1281:64‑91.
7. Weber MB, Oza-Frank R, Staimez LR, Ali MK, Narayan KMV. Type 2 diabetes in Asians: prevalence, risk factors, and effectiveness of behavioral intervention at individual and population levels. Annu Rev Nutr. 21 août 2012;32:417‑39.
8. Gujral UP, Pradeepa R, Weber MB, Narayan KMV, Mohan V. Type 2 diabetes in South Asians: similarities and differences with white Caucasian and other populations. Ann N Y Acad Sci. avr 2013;1281:51‑63.
9. Ramachandran A, Ma RCW, Snehalatha C. Diabetes in Asia. Lancet. 30 janv 2010;375(9712):408‑18.
10. The Global Syndemic of Obesity, Undernutrition, and Climate Change: The Lancet Commission report - The Lancet [Internet]. [cité 22 déc 2019]. Disponible sur: https://www.thelancet.com/…/PIIS0140-6736(18)32822…/fulltext