Panique chez les Frères de France ou l’influence du Qatar démasquée.

Occident
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Nabil Ennasri, docteur en sciences politiques et auteur d’une thèse sur le Cheikh Qardaoui, publie ici une critique des « Qatar Papers » de Chesnot et Malbrunot, un livre décrivant les financements d’influence du Qatar en direction de l’Islam de France.[...]

Ce texte a été rédigé en réaction à cet article : Qatar papers : la montagne des accusations et la souris de la réalité

[...] Si Nabil Ennasri ne remet pas en cause l’existence d’une politique d’influence du Qatar (et pour causes, il a écrit sur ce sujet par le passé) et ses financements, il reproche tout d’abord aux auteurs d’en exagérer le poids. Selon lui, il ne s’agirait que d’une vingtaine de mosquées en France sur plus de 2500, ces financements ne pesant que minoritairement à l’échelle d’un projet et ne représentant rien en comparaison aux autres influences (Maroc, Algérie, Turquie, Arabie Saoudite).


Rien ne nous dit pourtant que cette politique, qui n’en est manifestement qu’à ses débuts, n’est pas appelé à croître pour faire front aux autres influences. De plus, « les » dons du Qatar ne se réduisent pas à Qatar Charity et mêle aussi la Qatar Fundation ainsi que des investissements privés et plus complexes. Du reste, le Qatar est suffisamment familier des placements pour savoir qu’il vaut mieux placer de l’argent là où l’effet de levier sera le plus fructifiant quitte justement à paraître minoritaire.


De ce point de vue, il est difficile de comprendre qu’Ennasri élude la montagne de financement qui a permis de soutenir l’action de son ancien mentor, Tariq Ramadan. Mieux vaut effectivement miser sur un prédicateur aussi influent que sur plusieurs centaines de mosquées. Qu’on en juge : achat d’une chaire de théologie à Oxford pour lui offrir une tribune académique prestigieuse, création sur mesure d’un centre de recherche à Doha, salaire de 35.000€ mensuels et résidence à Doha pour sa famille !


La preuve du pudding, c’est qu’on le mange. Nabil Ennasri fait sien ce principe en avançant que l’absence de mobilisation publique des Musulmans de France pour dénoncer l’embargo du KSA sur le Qatar prouve que le Qatar n’est pas si influent. Il est vrai qu’il est lui-même l’un des seuls à avoir pris la parole à ce moment-là dans le monde francophone. Mais là non plus, il n’est pas simple de deviner des influences sur des absences de mobilisation, surtout lors d’une situation aussi sensible qui met les acteurs associatifs du culte dans une situation difficile entre la France, leur pays d’origine, la position de celui-ci vis-à-vis des pays du Golfe, etc, bref, un vrai jeu de billard à trois bandes où chacun à intérêt à avancer à pas feutrés.


L’autre point de la critique d’Ennasri est de reprocher aux auteurs de surfer sur la « crainte de l’islam frériste » en ramenant subtilement cela à de l’islamophobie, un peu comme s’il y avait une sorte d’ambiance discriminatoire à l’égard des Frères. Un peu comme s’il y avait décidément trop de préjugés contre ces incompris qui ne demandent qu’à faire leurs preuves, n’ont pas de bilans et ne sont en rien responsables de la spirale mortifère et autoritaire qui a repris la main partout dans le monde arabe.


Enfin Ennasri veut aller au-delà du livre lui-même en cherchant à discréditer Chesnot et Malbrunot en leur prêtant un alignement sur les positions des diplomaties égyptiennes et émiratis. Il s’appuie sur leur présence dans tel média identifié comme pro-Sissi ou dans tel colloque présumé organisé par des relais d’Abu Dhabi. Il est intéressant de relever ici que cette méthode de contournement et de discrédit contre Chesnot et Malbrunot est également employée par son directeur de thèse, un François Burgat connu pour son franc soutien aux Frères Musulmans, tout au long de ses statuts facebook. Ces liens, sans doute réels, retirent-ils quelque chose à leur argumentaire ou débitent-ils un seul centimes des sommes effectivement dépensées par le Qatar pour réaliser son OPA sur l’islam de France ?


L’objectivité d’un auteur fasciné par le Qatar et qui critique un livre « anti-Qatar » sur un média ultra-pro-Qatar pose évidemment question. C’est aussi et surtout une occasion d’analyser à la source la panique qui point chez les sympathisants fréristes en France qui, décidemment, ne se remettent ni de leurs nombreux reculs internationaux ni de la chute de leur icône francophone en la personne de Tariq Ramadan.

Ce texte a été rédigé en réaction à cet article : Qatar papers : la montagne des accusations et la souris de la réalité