La femme traditionnelle fut-elle soumise ?

Féminisme
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Le présent article n’est autre que l’expression d’une critique récurrente envers l’une des principales trames de la revendication féministe contemporaine ; précisément celle du travail et de l’indépendance économique des femmes.[...]

Ce texte a été rédigé en réaction à cet article : La femme traditionnelle fut-elle soumise ?

[...] Ô femmes ! Qui ne vous a jamais susurré, bienveillance aux lèvres, à vous qui êtes seules garantes de la responsabilité morale du monde, de troquer votre chère et tendre carrière professionnelle faite de responsabilités pour un temps partiel ou un bénévolat solidaire dans l’association du quartier le plus proche de chez vous.
Donner gratuitement, femmes, n’est il pas une des énièmes choses qui font parties intégrante de votre Nature, non ?


Loin de moi l’idée de m’ériger dans l’absolu ou de plaider contre la situation des femmes au foyer.
Mais vous n’aurez pas de ma part la posture féministe pro-choix qui ne se positionnera jamais contre le voile ou la prostitution au prétexte que le seul consentement des femmes suffirait à rendre la pratique donnée tolérable ou "incritiquable".
Je n’arborerai jamais cette posture qui, à mon humble sens, empêche d’avoir une vision pour l’avenir des femmes, réfrène la perspective d’amélioration de leur condition ou tout au moins paralyse tout remise en question d’un phénomène social.


Sur cette question du travail des femmes, de nouveaux slogans émergent et réussissent à convaincre certaines franges intellectuelles :
« La femme n’est certes plus soumise au mari, mais elle est soumise au patron ! »
« Les femmes pensent qu’elles sont maintenant libres, mais le capitalisme les exploite ! »
Bien que compréhensive de cette jalousie que pourrait ressentir certains à l’idée de perdre le privilège de ne plus être le seul maitre d’œuvre du lien de subordination, je ne parviens pas à apprécier la pertinence de cet argument.


Entre une soumission gratuite contre une soumission rémunérée et aux activités qui s’étendent au-delà du domaine de la lessive, le choix est vite fait ^^
D’autant plus que ce serait douter de la capacité que nous avons et que nous aurons à nous emparer toujours davantage de postes de direction.
Du reste, que la femme soit active ou non, la femme n’est pas pour autant extraite du système capitaliste par le seul fait qu’elle n’exerce pas une activité salariée. Elle fait partie intégrante du système mais dans une position de vulnérabilité.
Et c’est cette même vulnérabilité que l’auteur tente de nuancer en invoquant la solidarité de la famille et du voisinage.
En d’autres termes : « Sois rassurée si ton époux venait à ne plus pourvoir aux besoins du foyer, ou que tu ne pouvais plus cohabiter avec lui pour X raisons, tu pourrais toujours aller gratter la solidarité à la porte de ta mère veuve de 87 ans. »

Il enchaine en prétendant que l’invisibilité des femmes dans la vie publique serait une conséquence de moindre mal puisque le domaine de la vie privée bénéficie d’une valeur bien plus importante.
Là encore, il faudrait nous expliquer dans quelle mesure l’implication dans les deux vies ne serait pas compatible.
Considérant que les femmes non actives n’ont pas donné naissance à une génération d’Hommes plus intéressants et vertueux que la progéniture d’une femme active, j’estime que cet argument n’a aucune force de vérité.


C’est drôle ce soucis de l’éducation des enfants lorsqu’on relève les dégâts concrets occasionnés par l’absence des pères et le nombre de femmes qui élèvent leurs enfants seules, ainsi que le contentieux des pensions alimentaires.
Ah mais nous avons là de simples « aléas de vie », n’est ce pas ?
Pas aussi blâmable qu’une femme qui inscrit ses enfants à la cantine le midi parce qu’elle est au travail.
Troisième réplique de l’auteur : les hommes aussi souffrent d’injustices. Même qu’ils étaient enrôlés dans l’armée parce qu’hommes.
Doit-on vraiment commenter cet argument qui résonne comme un aveu ?


Enfin il me parait intéressant de faire un parallèle avec le statut juridique de la femme tel qu’appréhendé au coeur de l’islam traditionnel.
Le musulman, fier, scandera en faisant scintiller ses canines, que chez lui la femme peut travailler et garder pour elle la totalité des fruits de son labeur.
Mais en réalité ce droit n’est que secondaire puisque la femme a pour responsabilité première et exclusive la gestion de son foyer et de tous les aspects qui ont traits à la vie familiale et au domaine privé.
Et puisque le prophète Mohamed aurait réclamé à sa communauté d’enfanter autant que possible dans le fabuleux dessein d’être la communauté la plus nombreuse au jour du Jugement dernier, ne nous voilà pas sorties de l’auberge.


Sous les airs d’une répartition des tâches protectrice de la condition des femmes sur le papier nous assistons depuis un certain temps maintenant, aux limites d’un droit musulman qui favorise, que ce soit par la nature de ses prescriptions ou par ses vides juridiques, les intérêts des hommes.
Les hommes pourvoient financièrement aux besoins des femmes et bénéficient donc des avantages subséquents pour pouvoir remplir cette tâche. Les femmes quant à elles sont reines du foyer et de l’éducation des enfants.
Soit.
Mais la vie n’est pas forcément faite de couples qui durent toute une vie.
De la même façon que la responsabilité financière contrairement au tablier de cuisine, confère un pouvoir en société qui ne met pas nos deux époux dans un pseudo rapport de complémentarité mais bien de hiérarchie.
Rajoutons à cela les mentalités et paramètres culturels qui assènent le coup mortel.
Les femmes sont moins vulnérables dans les sociétés où l’État et ses instances mettent en place des protections que dans les sociétés où ces dernières sont placées sous tutelle de leur famille quant elles en ont une.


Même constat que pour d’autres thématiques religieuses, on se targue d’avoir un islam parfait mais théorique dans l’unique but de détenir une Vérité… Au détriment des difficultés que posent les faits et la pratique.
Pour conclure sur cette question, je vous propose un petit extrait de l’ouvrage de Sylvie Schweitzer intitulé « Les femmes ont toujours travaillé » : Une histoire du travail des femmes aux XIX et XX siècle. :

« Leur travail est toujours présenté comme contingent, fortuit, et récent (…) Le sens commun feint ainsi d’ignorer que les femmes ont été paysannes, commerçantes, ouvrières, employées, infirmières, institutrices. Depuis toujours. Alors, pourquoi donc cette phrase récurrente : ‘’ Depuis que les femmes travaillent…’’ Est-ce parce que, quand il s’agit de l’histoire des femmes, domine l’amnésie ? Amnésie chronologique, juridique, sociale ? C’est comme s’il fallait sans cesse tout redire des ambitions de générations précédentes (…) »
« Au lieu donc de dire ‘’ depuis que les femmes travaillent ‘’, il est plus juste d’énoncer : depuis que les femmes travaillent avec des droits égaux à ceux des hommes. »

Ce texte a été rédigé en réaction à cet article : La femme traditionnelle fut-elle soumise ?