Les énergies renouvelables sont une « diversion »

Réflexions
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Voici une interview de Jean-Marc Jancovici, ingénieur polytechnicien qui s'est spécialisé dans les questions d'énergie (avec leur impact économique) et de climat. Il est co-fondateur du Shift Project, une association qui a pour but d'aider l'économie à atténuer ses émissions de gaz à effet de serre (GES) et à réduire leur dépendance aux énergies fossiles. Il est également co-fondateur de Carbone 4, un cabinet dont l'objet d'étude est la décarbonation de l'économie (c'est-à-dire exclure du système économique tout ce qui émet des fortes concentrations de GES).

Jancovici lui-même se définit comme un "décroissant pro-nucléaire", c'est-à-dire qu'il considère qu'il faut - dans un pays comme la France car c'est celui qu'il connaît le mieux - non pas devenir décroissant mais simplement s'adapter à la décroissance naturelle qui a déjà commencé. Et il fait le lien avec ce que ça implique dans un contexte de changement climatique : « Globalement, il faut baisser de 4% par an nos émissions de CO2. Alors là-dedans, ni les énergies renouvelables, ni le nucléaire ne permettront de compenser cette baisse pour conserver le confort moderne. Il faut bien comprendre que lutter contre le changement climatique, c'est se mettre au régime. [...] Le non-dit politique majeur aujourd'hui, c'est que cela n'est pas compatible avec la croissance économique. Ce n'est même pas compatible avec le maintien de la production économique actuelle. Donc, cela veut dire perte de pouvoir d'achat, pour être très clair, pour tout le monde, pas juste pour les riches ».


Là où il explique que le nucléaire est important, c'est qu'en situation de contraction économique due à une contraction des apports énergétiques (en raison du pic pétrolier, c'est-à-dire ce moment charnière où l'on va commencer à produire de moins en moins de pétrole dans une économie globale qui en demande toujours plus - sachant que le pic du pétrole conventionnel a déjà eu lieu), il faut trouver non pas une alternative, mais un moyen d'amortir le choc. Et aujourd'hui, il n'existe aucune énergie pilotable (dont on peut gérer l'approvisionnement) qui, dans les mêmes ordres de grandeur, permette une transition aussi efficace que le nucléaire, tout en n'émettant pratiquement pas de CO2. (1)
Pour faire plus clair, je résumerais (en espérant ne pas travestir sa pensée) la thèse de Jancovici via une analogie : voilà des décennies qu'on roule à du 200km/h (alors qu'on n'aurait jamais dû dépasser les 130, qui étaient déjà une limite en soi et pas forcément un objectif) et on se rend trop tard compte qu'on va se prendre un mur. Il n'est plus possible de s'arrêter totalement avant de le percuter. On a donc "le choix" entre continuer à 200 ou à freiner un bon coup pour amortir les dégâts. Le souci, c'est qu'il nous faut un coup de frein efficace, et le seul qui soit assez efficace actuellement, c'est le nucléaire.

 

Dans cet entretien, que j'invite vivement à lire, Jancovici explique pourquoi et explique la supercherie des énergies dites renouvelables (les panneaux solaires et les éoliennes), en citant l'exemple de l'Allemagne qui a investi quelques centaines de milliards dans le "renouvelable" et qui doit pourtant encore ouvrir une centrale à charbon pour répondre à la demande énergétique. Il souligne également leur non-durabilité, sachant que les éoliennes et les panneaux solaires ne poussent pas sur les arbres, il faut les construire, ce qui coûte de l'argent, des ressources naturelles en décroissance et... du pétrole.


Pourquoi ce partage ? Parce que j'ai moi-même été à une époque anti-nucléaire (alors que je réfute généralement les étiquettes pro et anti car elles noient le débat de fond). Tout simplement parce que l'on s'informe finalement peu sur l'état de la science, sur sa complexité, sur ce qu'elle dit aux différents endroits du monde et surtout parce qu'aujourd'hui tout le monde donne son avis sur tout de manière hystérique sur le net sans vraiment savoir d'où provient l'information (et je passe évidemment les théories du complot et autres joyeusetés). Cela ne veut pas dire que je suis pro-nucléaire aujourd'hui (je réfute les *deux* étiquettes, souvenez-vous) mais je tâche d'analyser, à ma petite mesure, les choses sous un angle macro en tâchant de veiller aux angles morts, aux questions connexes, aux effets rebonds, aux ordres de grandeur, etc. Pour ne plus lire le nucléaire uniquement sous l'angle de Tchernobyl ou Fukushima et des autres fantasmes qui règnent autour mais en l'inscrivant dans une lecture globale sur l'énergie et le fonctionnement de nos sociétés. C'est ce que j'invite humblement à faire ici en partageant cet entretien. 



(1) Un lien génial pour comprendre le pic pétrolier : http://www.stuartmcmillen.com/fr/comic/le-pic-petrolier/
 
https://courrierdeuropecentrale.fr/un-expert-francais-defend-le-nucleaire-les-renouvelables-sont-une-diversion/ 
 
Auteur de plusieurs ouvrages assez bien vulgarisés où il aborde sans concession l'état de notre économie carbonée, de la déplétion énergétique (le fait que nos ressources énergétiques viennent à manquer) et de notre manque de prise de conscience des ordres de grandeur qu'impliquent les questions du climat et de l'énergie, il est souvent critiqué par des écologistes pour ses positions sur le nucléaire. Il serait un pro-nucléaire qui fait du greenwashing, tentant donc de conforter un marché capitaliste dont il est pourtant un pourfendeur (et pas au sens idéologique, il se contente simplement d'énoncer la réalité physique de nous sous-sols).